Il reste selon les sondeurs beaucoup d’indécis (des gens qui ne précisent pas leur intention de vote). Dans le passé, il s’est révélé que les indécis sont majoritairement des électeurs de droite, qui n’osent pas affirmer leur opinion ou qui ont peur. Ce facteur peut déterminer les résultats. La question est posée donc si ces électeurs « indécis » vont réellement voter (plutôt que de s’abstenir) et appuyer le PLQ ou la CAQ et plus précisément, plus l’un que l’autre. Si ces électeurs se divisent entre le PLQ et la CAQ, cela pourrait jouer en faveur du PQ. S’ils s’alignent majoritairement pour la CAQ, le PQ sera le grand perdant.
Autre inconnue dans l’équation : le vote des anglophones. Malgré la criminalisation de l’État et de la politique sous Charest, les anglophones restent paniqués à l’idée d’un retour au pouvoir du PQ. Certains ténors ont essayé de convaincre les Anglos de voter pour la CAQ, « seul rempart » réel, selon eux, contre le PQ. Mais cet argument a été affaibli par les déclarations ambigües de Legault sur diverses questions qui touchent les Anglos plus que d’autres (les commissions scolaires par exemple). En conclusion, il semble que les Anglos vont encore une fois miser sur le PLQ. Si c’est le cas, cette situation pourrait favoriser le PQ, en affaiblissant la CAQ. Les comptés où ce vote anglo est important vont (re)passer au PLQ plutôt qu’à la CAQ, ou au pire, vont diviser le vote pour faire passer le PQ !
Reste une dernière inconnue : le vote des jeunes. Il y a des indicateurs (qui font suite aux efforts des organisations étudiantes pour faire « sortir » le vote), qui démontrent que les jeunes vont rompre avec l’abstentionnisme qui prévaut généralement dans la tranche d’âge des18-30 ans. Ce n’est pas rien, car on parle de plusieurs centaines de milliers de personnes. Normalement si ce vote « sort », c’est le PQ et Québec Solidaire qui en profiteront, ce qui pourrait probablement nuire à la CAQ.
On voit donc qu’on est face à une série d’équations fragiles, qui pourraient aller dans plusieurs sens. Pour le PQ et Pauline Marois, les enjeux sont dramatiques. Au bout de la ligne, le PLQ n’a pas grand-chose à perdre puisqu’il sera relégué dans l’opposition pour quelques années. La CAQ a tout à gagner, car elle part de rien. Legault serait même probablement content de constituer l’opposition et de faire subir le martyr à un gouvernement péquiste minoritaire. Le PQ par contre se doit de gagner après neuf longues années dans l’opposition, sinon il est probable que la crise larvée qui traverse ce parti n’éclate à nouveau et ne le conduise à sa phase terminale.
Qu’en est-il pour la gauche ? Malgré une vision simpliste qui existe encore, la politique du « pire » (qui résulterait de la mise en place d’un gouvernement du matamore Legault) n’est jamais à conseiller. La confrontation serait probablement directe et coûteuse, sans compromis. Rappelons-nous que des gouvernements de droite sont parfois capables de procéder à des changements drastiques. On le voit avec Harper au niveau fédéral. Pour autant, un PQ revenu au pouvoir serait un adversaire coriace pour les mouvements sociaux, comme on l’a vu dans les années précédentes. Le mouvement syndical, traditionnellement, est déstabilisé par un gouvernement péquiste avec qui il entretient des rapports plus étroits.
Dans un cas comme dans l’autre, il faudra être déterminé. Pour cela, l’élection de députés solidaires serait un atout certain, notamment pour faire pression sur le PQ mais aussi et surtout, pour donner une voix et un visage au mouvement social ascendant qui s’exprime au Québec depuis le printemps dernier.