Keynésianisme : vraiment ?
Le gouvernement caquiste n’est pas devenu subitement keynésien, mais participe à un mouvement généralisé de recentralisation des services publics qui camoufle leur réorganisation selon des modalités qu’imposera la post-inflation qui a suivi la post-pandémie ; la première ayant profité d’ailleurs de l’état de crise sanitaire et de l’injection faramineuse de nouvel argent dans l’économie. Avouons que l’inflation a renfloué les coffres et a permis aux grandes entreprises et aux grands secteurs économiques d’empocher des profits records dans des circonstances qui ne le permettaient pourtant pas. Était-ce la crainte d’une seconde Grande dépression qui a joué dans les esprits de façon à forcer immédiatement la reprise et à surcapitaliser les biens et les services pour éviter le pire ? Mais à vouloir exagérer à ce point risque de provoquer une chute encore plus magistrale. Car l’essoufflement des consommateurs et consommatrices, en vertu de leur surendettement notamment, atteindra assurément l’hyperventilation et la suffocation si rien ne vient atténuer cette cadence qui, selon les dernières statistiques, semble ralentir, mais perdure tout de même. Alors la question est de savoir si les présentes manoeuvres de la Banque du Canada et des gouvernements qui suivent et appliquent ces directives vont suffire.
Au constat de la vérificatrice générale du Québec selon lequel plus de 30 000 enseignant.e.s non qualifié.e.s agissent dans nos écoles (soit le quart des effectifs du corps enseignant total), cela illustre certes le désengagement de l’État québécois envers l’enseignement, comme la pandémie a aussi exposé le même problème en santé. C’est que la privatisation ne se produit pas à la hauteur espérée, du moins la population n’est pas suffisamment « écoeurée » et surtout prête à payer davantage pour obtenir des services, à savoir une réalité de l’opinion publique que doit prendre en compte n’importe quel parti soucieux d’atteindre le pouvoir. Par conséquent, la manoeuvre exige plutôt de colmater encore une fois les multiples brèches, de manière à démontrer la volonté du gouvernement à s’occuper de l’éducation et de la santé publiques, choses que les citoyen.ne.s du Québec valorisent encore énormément. Parce qu’au fond, la « sociale démocratie » diluée à laquelle on nous a habituées n’a pas perdu du terrain malgré la cadence néolibérale des marchés, d’autant plus que la récente pandémie a mis en parallèle l’ampleur de la crise climatique susceptible de s’envenimer dans l’avenir. Dans ce cas, il faut miser sur l’éducation des jeunes, afin de les sensibiliser très tôt à ce qui les attend, mais aussi préparer davantage le réseau de la santé à un afflux de patient.e.s qui ne représenteront pas tous et toutes des personnes âgées.
Des secteurs prioritaires en parole seulement
Cela dit, la préoccupation du gouvernement caquiste à l’endroit de l’éducation comme de la santé, toutes deux perçues comme étant des priorités en parole, n’obtiennent pas ou du moins reçoivent différemment l’aide promise sur le terrain, alors qu’on s’empresse à investir dans l’économie (pour fabriquer des batteries destinées à des compagnies étrangères) et à vouloir augmenter le salaire des député.e.s, alors qu’il aurait été préférable de régler les conventions collectives des secteurs public et parapublic auparavant. Cela donne l’impression de vouloir privilégier certaines personnes et certains groupes pendant que l’économie se porte bien, voire que l’inflation permet au Trésor public d’accumuler des revenus en taxes, en jouant ensuite de rhétorique afin de calmer les autres à qui on promettrait quelques ajustements ici et là et rien de plus.
La filière batterie
Ouvrons une parenthèse à propos de la filière batterie : certes, la transition énergétique vers les batteries devient une forme de réponse à la crise climatique, mais demeure nettement insuffisante. L’intention vise surtout à rester compétitif en imitant les autres, sans considérer le fait que nous passons d’une dépendance (pétrole) à une autre (électricité) pour nos transports… Et même, cette dépendance devient encore plus importante, dans la mesure où l’électricité (batterie, centrale ou autres) représente l’assise de la société technologique, dont les aléas de Dame Nature risque d’anéantir en quelques tempêtes et crises de verglas monstres. Parce que nous continuons de supporter nos infrastructures avec les pensées des années mille neuf cent soixante, alors que la technologie est rendue ailleurs et en demande toujours plus. Disposer des fils électriques sous terre ne règlera rien, sinon à produire d’autres types de problèmes, comme dans le cas des agriculteurs dont les animaux d’élevage meurent subitement à cause du voltage des lignes à haute tension enterrées sous les terres à pâturage. Et produire des batteries, c’est encore creuser la terre, c’est utiliser des produits chimiques, c’est épuiser des ressources non renouvelables. Il faudrait peut-être revenir aux notions de transmission d’électricité élaborées par Nicolas Tesla, sinon envisager déjà d’autres moyens de créer de l’énergie électrique ou encore une autre forme d’électricité plus universelle. Sur ce, fermons la parenthèse.
Le « Vers demain » que nous prépare l’actuel gouvernement caquiste
Des jours plus sombres s’annoncent à l’horizon : la guerre en Ukraine rappelle un arrière-goût du passé, alors que sur la table se dressaient des régimes autoritaires aspirant à avoir une mainmise sur le monde. Plus près de nous, la centralisation survenue n’annoncera possiblement pas une nouvelle ronde de décentralisation comme autrefois, sinon des coupures drastiques qui seront compensées par l’avènement de services privés supportés davantage par l’État, soit un coup final favorable à la privatisation de l’éducation et de la santé, puisque les ratés des réformes caquistes deviendront une ultime preuve de l’impossibilité d’avoir un meilleur régime public. Qui plus est, cette privatisation permettra en plus de taxer les services de santé jusque-là exonérés ou détaxés. Voilà une opportunité pour un gouvernement néolibéral de diminuer ses dépenses et d’augmenter ses revenus ; voilà un gouvernement qui sait gérer ses budgets, diront les économistes ! Puisque dans un budget il y a des chiffres qui s’additionnent et se soustraient, il n’y a pas de personnes ni de moralité.
Guylain Bernier
Yvan Perrier
5 juin 2023
yvan_perrier@hotmail.com
Un message, un commentaire ?