Édition du 1er avril 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Haïti : Dette et souveraineté alimentaire, l’impossible cohabitation

La souveraineté alimentaire a été toujours au cœur des luttes décoloniales ayant abouti à l’indépendance d’Haïti. Les captifs réduits en esclavage se sont clairement fixés des objectifs visant à éliminer le système colonial pour le remplacer par des structures agraires capables d’assurer la souveraineté alimentaire du pays, en posant les bases de nouveaux rapports sociaux de production, avec la construction d’un « État haïtien ». 220 années après, la réalité alimentaire en Haïti est accablante et le rêve des captifs libérés n’est toujours pas traduit en réalité.

7 février 2025 | tiré du site du CADTM | Photo : Haïti, Jlanghurst, Wikimedia Commons, CC, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Mountainous_Farming_Plots_Haiti.jpg
https://www.cadtm.org/Haiti-Dette-et-souverainete-alimentaire-l-impossible-cohabitation

"Durant l’occupation militaire étasunienne de 1915, plus de 50.000 paysan·nes haïtien·nes furent dépossédé·es et expulsé·es dans la région Nord, impliquant la migration de plus de 300 000 Haïtien·nes"

Selon la CNSA (2024), pour la période de mars à juin 2024, près de 5 millions de personnes (50% de la population analysée) sont en situation d’insécurité alimentaire aigue et par conséquent ont besoin d’une action urgente pour combler leurs déficits de consommation alimentaire et protéger leurs moyens d’existence. Aussi, la prévalence de l’insécurité alimentaire projetée a augmenté de 45 à 50% par rapport à la période d’août 2023 à février 2024. Ces données, bien sûr, devraient être prises avec des pincettes. Cependant, comment interpréter et comprendre la réalité d’Haïti aujourd’hui en matière de souveraineté alimentaire ? Comment en est-on arrivé là, de l’autosuffisance alimentaire à la grande dépendance ? Quelle incidence le système dette a sur les politiques publiques capables de favoriser l’atteinte de l’objectif de la souveraineté alimentaire ? Comment les mouvements sociaux, particulièrement la classe paysanne, luttent-ils pour y arriver ?

Dans ce travail, nous tentons de démontrer que la situation alimentaire d’Haïti n’est pas le fruit d’un hasard, mais plutôt le résultat d’un projet néocolonial, assorti d’un ensemble de politiques imposées au pays par les puissances impériales et leurs institutions, bien aidées par l’État en Haïti [1]. Plusieurs éléments historiques ayant hypothéqué la mise en place des politiques publiques favorables à la souveraineté alimentaire peuvent être soulignés dont l’accaparement des terres de plaine par les grands généraux, la poursuite de la production de denrées d’exportation, la triple rançon de l’indépendance [dette France, taxes, vente de denrée à moitié prix). La volonté des grands généraux de l’indépendance de reproduire le même système colonial de production de denrées pour l’exportation, donc la continuité du drainage des ressources de la nouvelle nation vers les grandes métropoles ; la rançon de l’indépendance (faussement appelée Dette de l’indépendance) exigée par la France à Haïti pour indemniser les colons et bénéficier de la reconnaissance d’une indépendance acquise au prix d’un génocide humain perpétré durant plus de quatre siècles ; le drainage de la force de travail et les richesses créées par les paysan·nes haïtien·nes, obligé·es de vendre leur production à moitié prix, comme injonction du néocolonialisme.

Agriculture paysanne familiale, agrobusiness : deux projets en lutte depuis 1804

"La dette écologique qu’accusent les puissances impérialistes envers Haïti est énorme et doit être obligatoirement faire l’objet de réparation"

Dès la proclamation de l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804, deux visions antagoniques s’affrontaient : celle favorisant la grande propriété et celle préconisant la petite propriété foncière. La prise en otage de l’État par les créoles et les Généraux, surtout après l’assassinat de Dessalines a hypothéqué la mise en place des politiques publiques favorables à la souveraineté alimentaire en accaparant les terres de plaine dans l’objectif de poursuivre la production de denrées d’exportation. « L’État en Haïti » attribuait de grands domaines sous forme de dons aux Généraux et de petites domaines aux officiers subalternes de l’armée. Cette dynamique a conduit à l’émergence d’une bourgeoisie foncière qui, à l’instar des colons, deviennent propriétaires des moyens de production avec la possibilité de s’enrichir rapidement et de jouir de tous les privilèges. La masse des cultivateurs étaient considérée comme la force de travail sur les grands domaines. Ainsi, la société s´est divisée en deux groupes sociaux : d’un côté, la masse de travailleur·euses agricoles dont les conditions de travail et de vie rappellent pour la plupart celles des anciens captif·ves esclavisé·es ; de l’autre côté, les détenteurs des moyens de production, généralement des dirigeants militaro-politiques absentéistes.

Cependant, le projet de la grande plantation n’a pas pu se réaliser en raison de plusieurs facteurs. D’abord, le projet fait face à la résistance constante de la masse des travailleur·euses. Ensuite, le manque de financement, étant donné l’isolement dont Haïti a été l’objet par les puissances esclavagistes, suite à l’indépendance. Les grands propriétaires, face à ses obstacles, ont recouru à différents modes d’exploitation des parcelles. Entre autres modes, on considère : le métayage, l’affermage, l’usufruit, deux-moitiés (où la récolte est divisée en deux parties : 50% pour le propriétaire et 50% pour les cultivateur·ices) etc. Ce nouveau régime, qualifié de semi-féodal provoquait l´indignation chez les cultivateurs. Certains se lançaient dans des mouvements de résistance contre l’État, assiégé par les féodaux, pour la répartition des terres.

La prise en otage de l’État par les créoles et l’accaparement des terres agricoles n’a pas mis fin au projet de la petite exploitation, de l’agriculture paysanne familiale et du projet de la souveraineté alimentaire. Non seulement les paysans et paysannes continuaient à produire différentes qualités de denrées, mais l’espace de la petite exploitation augmentait, car pendant tout le XIXe siècle, ils se livraient à des combats sans relâche pour la réforme agraire. Certaines terres agricoles, appartenant à des « grandons » absentéistes, ont été occupées par les paysan·nes. Parfois, ces paysan·nes s’armaient pour revendiquer leur droit à la propriété et à une vie meilleure. Des soulèvements et mouvements paysans, dirigés notamment par des figures comme Acaau et Goman entre 1843 et 1848, ont même réussi à renverser certains gouvernements, à l’instar de celui de Boyer. Tout l’élan de la lutte paysanne pour la petite exploitation, la polyculture et la souveraineté alimentaire en Haïti a subi un contrecoup avec l’occupation états-unienne de 1915 qui impliquait la pénétration du capital yankee dans l’agriculture, au détriment de l’économie nationale.

L’occupation Etats-Unienne de 1915 : Projet anti-paysan, anti-souveraineté alimentaire en Haïti

Si pendant tout le long du XIXe siècle, le projet de la petite exploitation ou de la souveraineté alimentaire résistait contre le projet de la classe dominante, l’occupation militaire états-unienne de 1915 marque un tournant décisif anti-paysan·ne, anti-souveraineté alimentaire en rétablissant le pouvoir de l’« État en Haïti » centralisé, organisé autour des grandes villes, en cassant l’élan du mouvement paysan revendicatif comme les « cacos », les « Piquets » et en provoquant l’accaparement des terres agricoles au profit des compagnies multinationales. En effet, durant l’occupation militaire du territoire haïtien par les États-Unis (1915-1934), alors que les différentes constitutions de la République ont interdit aux étrangers d’avoir des propriétés privées, en particulier des terres, dans le pays, les occupants ont rédigé une nouvelle Constitution en 1918, octroyant le droit de propriété aux Étrangers ; De là a commencé un processus violents d’accaparement et d’expulsion des paysan·nes des terres pour l’implantation d’entreprises transnationales étatsuniennes, telles que la HASCO, SHADA, McDonald’s, Plantation Dauphin, entre autres. Des expériences qui ont servi à saper toutes les bases de la mise en place de politiques publiques pouvant garantir la souveraineté alimentaire du pays.

Les occupants ont détruit un ensemble d’expériences alternatives en cours dans la paysannerie afin de faciliter la pénétration du capital étatsunien, plusieurs dispositions légales furent prises tout au long de l’occupation. La première mesure prise par les occupants fut l’imposition, sous la pointe de la baïonnette, de la Constitution de 1918, rédigée par l’occupant, et qui à travers son Article 5 annule l’interdiction aux étrangers d’être propriétaires, en particulier de la terre. Outre les mesures prises dans la nouvelle Constitution imposée, les occupants vont faire voter la Loi du 22 décembre 1922, qui autorisait l’affermage des terres de l’État pour une période de 9 à 30 ans, renouvelable aux personnes ou compagnies qui auraient fait la preuve de leur capacité financière, la Loi du 20 février 1924 autorisait l’affermage des terres inoccupées et la vente de propriétés de l’État et la loi du 16 février 1924, qui régissait le droit de propriété immobilière pour les étrangers et les sociétés immobilières ; la Loi 6 juin 1924, sur la vérification des titres de propriété ; la Loi du 1er février 1926, complétée par celle du 27 juillet 1927, autorisait l’État à récupérer, s’il le jugeait nécessaire, les terres louées en accordant au fermier déplacé un délai de 8 à 40 jours pour vider les lieux (Castor, 1988).

" L’occupation militaire étasunienne a contribué à la destruction d’entre 20 et 35% de la couverture boisée dans le pays"

Tous ces dispositifs juridico-administratifs ont contribué à la déduction entre 20 et 35% de la couverture boisée dans le pays ; ce qui fait que les États-Unis se placent au deuxième rang des prédateurs de la biodiversité et de l’écosystème en Haïti, derrière la colonisation espagnole qui a détruit plus de 50%, tenant compte qu’au débarquement du funeste Christophe Colomb, l’île accusait une couverture végétale à plus de 90%. Ainsi, la dette écologique qu’accusent les puissances impérialistes envers Haïti est énorme et doit être obligatoirement faire l’objet de réparation. Cependant, cette réparation n’interviendra que dans la dynamique de lutte contre le néocolonialisme, contre la capitalisme et l’extractivisme. De même, durant l’occupation militaire de 1915, plus de 50.000 paysan·nes haïtien·nes ont été dépossédé·nes et expulsé·nes dans le Nord impliquant la migration de plus 300.000 Haïtien·nes (Castor, 1988).

La désoccupation militaire du pays en 1934 n’a pas mis fin à l’orientation anti-paysanne de « l’État en Haïti » et les accaparements des terres agricoles en Haïti. Bien au contraire, ce projet a même été renforcé pendant la deuxième guerre impérialiste communément appelé « guerre mondiale ». Par exemple, pour cultiver un type d’hévéa appelée « crystoptegia glandiflora », considérée comme « fibre stratégique », utilisée dans la fabrication de cordes destinées à la marine étasunienne, l’ « État en Haïti » accordait à la Société Haïtiano-Américaine de Développement Agricole (SHADA) 133 400 hectares de terres agricoles, dont 58 400 consacrées à la production de sisal, et 75 000 à l’exploitation du bois de construction (Gilbert, 2016). Cette expérience a non seulement réduit la capacité agricole du pays, principalement en raison du remplacement des cultures vivrières par le sisal, mais a aussi contribué à l’accumulation d´une dette extérieure estimée à environ 60% de son budget annuel.

En dépit de cette expérience préjudiciable au pays, en 1944 et 1955, l’Etat en Haïti a signé deux conventions minières avec la Reynold´s Mining Corporation et la Société d’Exploitation et de Développement Économique et Naturel (SEDREN). L’étendue totale de terre occupée par la compagnie Reynold’s reste encore inconnu. Cependant, selon les données disponibles, la propriété de la compagnie s’étalait sur sept (7) localités (Chassereau, Sainte Croix, Sainte/Croix extension, Crescent, Desmarets, Berquin, Ensemble) s’étendant sur environ 908,18 hectares de terres (Pierre, 2017). Quant à la SEDREN, la superficie de sa concession était estimée à 115 000 hectares. Pour s’approprier cet espace, la compagnie a exproprié les paysans et paysannes qui habitaient ces zones durant plusieurs décennies. Les terres autrefois dédiées à l’agriculture ont été préposées à d’autres usages. Cette transformation a conduit à une réduction de l’espace cultivable et de la production agricole dans ces zones, et, par conséquent, a entrainé la perte de l´autosuffisance alimentaire du pays, avec des conséquences néfastes sur les communautés. Les terres utilisées n’ont jamais été réhabilitées et sont devenues aujourd’hui des terres arides.

Politique de libéralisation commerciale : Aggravation de la situation d’insécurité alimentaire en Haïti

"Durant l’occupation militaire étasunienne de 1915, plus de 50.000 paysan·nes haïtien·nes ont été dépossédé·nes et expulsé·nes dans le Nord impliquant la migration de plus 300.000 Haïtien·nes"

Jusqu’au début des années 1980, Haïti a été presqu’autosuffisant en matière de d’alimentation. Le massacre des cochons créoles, considérés comme carnet d’épargne des familles paysannes, entre (1980-1982) et l’imposition des politiques néolibérales à partir de 1983, vont porter un coup fatal aux structures et politiques économiques et sociales dans le pays. La libéralisation commerciale, à travers le dumping dans les produits agricoles vont déstructurer l’économie paysanne et imposer à l’Etat en Haïti un ensemble de politiques économiques, créant des monopoles avec comme conséquences l’inaccessibilité des populations aux droits économiques, sociaux et culturels.

Durant la dernière décennie, surtout avec l’arrivée au pouvoir du PHTK (Parti Haïtien Tèt Kale), imposé au pays par ce que l’on appelle faussement la « communauté internationale », la réalité socioéconomique du pays n’a pas cessé de détériorer. En effet le tremblement de terre de 2010 va servir de prétexte aux acteurs internationaux pour expérimenter un ensemble de stratégies politique, économique et sociale qui va augmenter non seulement le niveau de d’ingérence dans les affaires internes du pays, mais aussi aggraver la situation socioéconomique des couches majoritaires. Le Plan Stratégique pour le Développement d’Haïti (PSDH), rédigé et imposé à Haïti par les institutions financières internationales contribue grande à l’extraversion de l’économie haïtienne, en favorisant des politiques extractivistes, comme les zones franches agricoles, les zones franches industrielles, l’exploitation minière. En même temps, l’État prend un certain nombre de décisions économiques qui dégradent un peu plus les conditions de vie des populations, soit en augmentant drastiquement le coût de l’essence, la suppression des subventions sociales, des mesures économiques et monétaires aggravant un peu plus le niveau de l’inflation.

Aujourd’hui, selon les chiffres publiés par l’IHSI (Institut Haïtien de Statistiques et d’informatique), l’inflation en rythme mensuel atteint plus de 23%. En même temps, la CNSA (Coordination Nationale pour la sécurité alimentaire), évalue à plus de 5,6 millions le nombre d’individus en situation d’insécurité alimentaire, dont une grande partie est représentée par des paysan·nes, des femmes et des enfants. Donc, s’il faut chercher les causes ayant entrainer Haïti dans cette situation, il y a lieu de considérer non seulement les éléments historiques, mais aussi les projets politiques qui se construisent autour de la paysannerie haïtienne, qui vont se faire sentir sur les masses populaires.

Néocolonialisme, capitalisme, extractivisme : une association criminogène contre la souveraineté alimentaire

"Jusqu’au début des années 1980, Haïti a été presqu’autosuffisant en matière de d’alimentation"

Comment interpréter les bonnes notes attribuées par les institutions financières internationales au gouvernement illégitime et illégal en Haïti sur les indicateurs macroéconomiques, alors que la situation de la population haïtienne ne cesse de détériorer ? La réalité est que derrière tout cela se cache un ensemble d’accords liés, entre autres, à l’élargissement de la Compagnie de Développement Industriel (CODEVI) du Grupo M, appartenant à un entrepreneur dominicain, le renforcement du Parc Industriel de Caracol (PIC), la mise en place de zones franches agroindustrielles, telle que AGRITRANS, des contrats liés à l’exploitation minière (or, carbonate de calcium, iridium, argent, pétrole, entre autres) avec des compagnies étatsuniennes, canadiennes telles que la Unigold, VCS Mining et autres. En quelque sorte, on assiste à la mise en place de politiques publiques néocoloniales dont les objectifs fondamentaux sont de faciliter le captage d’énormes ressources du pays avec pour effet une généralisation de la pauvreté et un endettement massif. Ces différents types d’investissements occasionnent des accaparements de terres agricoles, occupées par des paysan·nes depuis des lustres, hypothéquant ainsi les possibilités pour le pays à définir des politiques publiques capables de contribuer à la souveraineté alimentaire.

"Le système Dette est intrinsèquement lié au système alimentaire mondial"

La réalité alimentaire en Haïti n’est pas étrangère à la division internationale du travail, aux impacts des accords de libéralisation commerciale, à la structuration du système alimentaire mondial. Elle est le produit des politiques néolibérales (en particulier la libéralisation commerciale) imposées par les institutions financières internationales avec comme corollaire la déstructuration de l’économie paysanne, créant ainsi une armée de main-d’œuvre à bon marché, pour les économies régionales, en particulier en République Dominicaine, qui connaît une explosion d’investissements directs étrangers, et l’entrée de capitaux massifs dans son économie, bien que déconnectés de la réalité globale des masses populaires dans ce pays.

Ainsi, ces politiques mettent à mal les structures agraires en Haïti, créant des monopoles, où quelques familles contrôlent le commerce import/export, et à travers le dumping réduisent les capacités productives des exploitations agricoles. La déstructuration de l’économie paysanne crée des poches de pauvreté extrême, et ce sont les paysan·nes producteur·ices qui paient le plus lourd fardeau. Ainsi est favorisée l’entrée d’ONG internationales dans les communautés paysannes pour consolider le marché de l’aide alimentaire dont l’objectif central est le renforcement de la dépendance alimentaire du pays vis-à-vis de l’extérieur.

Souveraineté alimentaire, un objectif politique lié aux revendications paysannes

« Pour seules réponses à la crise alimentaire, la Banque mondiale, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) et les « conglomérats philanthropiques » proposent d’accélérer l’expansion des biotechnologies, de relancer la Révolution verte, de réintroduire le prêt conditionnel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, et de recomposer le pouvoir aujourd’hui fragmenté de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en concluant le « cycle du développement » des négociations commerciales de Doha. Ces institutions ont reçu du grand capital un mandat clair pour alléger la faim, atténuer les troubles sociaux et réduire le nombre total des paysans producteurs dans le monde – sans pour autant devoir réformer la structure du système alimentaire mondial »

[2]

Le système Dette est intrinsèquement lié au système alimentaire mondial. C’est un tout cohérent dans la logique capitaliste qui vise forcément à maintenir les pays du Sud dans un dépendance accrue vis-à-vis de l’aide internationale en renforçant le rôle joué par les institutions financières internationales dans la définition et l’orientation des politiques publiques, en particulier agricoles dans ces pays.

Les travaux du Comité Interministériel pour l’Aménagement du Territoire (CIAT) [3], financé en grande partie par la communauté internationale, particulièrement la France, le Canada, la BID, entre autres, contribuent à répandre l’idée de la nécessité d’une réduction du nombre d’exploitations paysannes, donc du nombre de paysans et paysannes s’adonnant à la production agricole, dans l’objectif d’organiser le marché foncier dans le pays. Autant dire un changement structurel à caractère politique dans la structure agraire haïtienne. Ce qui est de nature à favoriser le système alimentaire mondial, en hypothéquant de manière durable les possibilités d’arriver à la souveraineté alimentaire.

Dette, budget national et politiques néocoloniales

"On assiste à la mise en place de politiques publiques néocoloniales dont les objectifs fondamentaux sont de faciliter le captage d’énormes ressources du pays avec pour effet une généralisation de la pauvreté et un endettement massif"

La dépendance alimentaire actuelle en Haïti est intrinsèquement liée à la question de la dette. Cette dernière est utilisé par les puissances coloniales capitalistes comme levier de destruction du secteur agricole haïtien, en imposant et renforçant la libéralisation commerciale. En effet, dans les années 1825, sur la pointe des baïonnettes, la France, ancienne métropole, impose à la première république noire une rançon, appelle abusivement dette de l’indépendance. Pour le paiement de cette dette odieuse, nombreuses sont les terres agricoles qui ont été sacrifiées par les dirigeants politiques pour répondre à cette exigence. C’est sur la base du rachat de la dette que les grandes entreprises multinationales états-uniennes ont envahi les espaces agricoles haïtiens. La destruction des espaces agricoles, des écosystèmes pour assurer le déploiement du capital, va avoir des impacts considérables sur l’autosuffisance alimentaire du pays. Le processus d’endettement d’Haïti va aussi entrainer une dépendance accrue de l’économie du pays par rapports aux institutions financières internationales, comme la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire Internationale, le soumettant à des conditionnalités, telles que la réduction des dépenses publiques et la promotion de certains projets environnementicides comme l’exploitation minière, les zones franches touristiques ou industrielles, l’agro-industrie, la privatisation des entreprises stratégiques du pays afin de dégager de la trésorerie pour pouvoir rembourser la dette.

Comme nous le montrent les tableaux ci-dessous, tirés des lois des finances pour les exercices 2021-2022, et 2022-2023, de plus en plus de fonds publics sont alloués au paiement du service de la dette, alors que de moins en moins de crédits budgétaires sont vont au secteur de production pour aborder de manière holistique le problème non seulement de la dépendance alimentaire, mais aussi de respecter l’identité culinaire du pays et ainsi garantir la souveraineté alimentaire.

Le service de la dette externe d’Haïti n’a cessé de croître durant les dernières années, représentant en moyenne jusqu’à 20% du budget national entre 2011 et 2023. Si l’on tient compte de la dette d’Haïti envers le Venezuela, malgré les diverses annulations dont avait bénéficié le pays, en termes de solidarité de la part du pays frère, l’utilisation qu’avaient fait les dirigeants de ces fonds, empreintes de corruption de dilapidation, hypothèque de manière pérenne l’économie nationale.

Durant la même période (2011-2023), on constate une réduction drastique des services publics, une absence caractérisée de l’Etat dans la fourniture des services de base, la disparition de subventions de produits essentiels tels que le carburant, dont le prix a augmenté entre 2018 et 2023 à plus de 400%, sous les injonctions des institutions financières internationales (FMI / BM), comme préalable à des aides au gouvernement haïtien. De ce fait, la combinaison entre augmentation du service de la dette externe et la réduction, voire annulation, de toute subvention de services sociaux au profit de la population, crée un mélange criminogène, occasionnant une paupérisation massive de la majorité de la population, avec plus de la moitié en situation de crise alimentaire, si l’on pourrait se fier aux chiffres de la Coordination Nationale pour la Sécurité Alimentaire (CNSA).

"Dans les années 1825, sur la pointe des baïonnettes, la France, ancienne métropole, impose à la première république noire une rançon, appelle abusivement dette de l’indépendance. Pour le paiement de cette dette odieuse, nombreuses sont les terres agricoles qui ont été sacrifiées par les dirigeants politiques pour répondre à cette exigence"

En dépit des mouvements de protestation des masses populaires, l’aggravation des conditions de vie de la grande majorité de la population, la déstructuration de l’économie, particulièrement l’économie paysanne, la quasi disparition de ce que l’on appelle la « classe moyenne », comme conséquences des mesures d’austérité appliqué par le gouvernement illégitime, placé à la tête du pays par le Core Group, téléguidé par les pays néocoloniaux (Etats-Unis, France, Canada, l’Union Européenne), les institutions financières internationales continuent à féliciter les autorités en place pour avoir créé les conditions nécessaires au renforcement de la division internationale du travail en Haïti et le déploiement du capital transnational à travers des projets de zones franches industrielles, zones franches agricoles, l’exploitation des mines, avec comme corollaire, les accaparements massifs de terres agricoles. Un secteur agricole déjà en proie aux conséquences du désordre climatique, l’absence de politique agricole, la dépaysannisation du milieu rural, un service de la dette externe représentant parfois plus de 3 fois le montant accordé au secteur agricole, il va sans dire que la souveraineté alimentaire apparaît comme un vœu pieux.

Alors que l’insécurité alimentaire bat son plein et menace près de la moitié des populations ; malgré les efforts menés par les paysans/nes producteurs/rices pour maintenir une part importance de la consommation locale (près de 40%), depuis plus de trois décennies, les gouvernements en Haïti, à travers les lois des finances ne consacrent qu’entre 4 et 8% du budget national au secteur agricole. Qui pis est, près de 60% du budget du Ministère de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural (MARNDR) sont consacrés au paiement de salaires de fonctionnaires. Du même coup, l’ « État en Haïti » prend des mesures pour favoriser le développement de l’agrobusiness, à travers le Code des investissements :

Article 2 [4]
L’État accorde des garanties générales à tous les investisseurs. Dans le cadre du présent Code, il définit les conditions et les formes générales d’incitations offertes en Haïti, à certains types d’investissements susceptibles d’accroître la compétitivité des secteurs jugés prioritaires ou d’importance stratégique et ceci, en raison de leurs apports respectifs à la valeur ajoutée, à la création d’emplois durables, au renouvellement de l’équipement national de production ; à la croissance économique ; à la réduction du déficit de la balance des paiements et à la formation de la main-d’œuvre nationale.

Cela va sans dire que la recherche de la souveraineté alimentaire du pays, la réalité des populations vivant cette insécurité ne fait pas partie des objectifs fixés dans la recherche de ces investissements, l’agriculture industrielle tournée vers l’extérieur étant le leit motiv dans ce secteur :

Article 30 [5]
Sont considérés comme investissements dans l’agriculture ceux réalisés, entre autres,
dans :
1. la pêche en haute mer ;
2. l’aquaculture sur une base industrielle ; l’élevage industriel ;
3. l’horticulture sur une base « bio » ou non (fruits et légumes, plantes ornementales et médicinales, fleurs, thé, épices, etc.
4. la sylviculture.

En analysant les documents élaborés par le gouvernement en Haïti entre 2010 et 2011, intitulés : « Politique de développement agricole 2010-2025 (Mars 2011)”, et « Plan national d’investissements agricoles (Mai 2010) représentant en quelque sorte la politique publique devant guider les actions gouvernementales durant cette période, il faut considérer deux aspects de ce travail. D’abord, les documents sont liés au PDNA (Post-Disaster Needs Assessment) et au Plan Stratégique pour le Développement d’Haïti (PSDH) qui ont été élaborés et imposés par des institutions internationales dans l’objectif d’utiliser le territoire haïtien comme espace de l’expansion du capital en crise ; ensuite, à bien des égards, les documents ne sont qu’un ramassis de propositions liées aux programmes des ONG d’aide alimentaire dans le pays, sans aucune corrélation avec les revendications [6] des paysannes et paysans haïtiens.

" La combinaison entre augmentation du service de la dette externe et la réduction, voire annulation, de toute subvention de services sociaux au profit de la population, crée un mélange criminogène"

Loin de questionner les structures agraires, et de considérer les différentes dimensions de la souveraineté alimentaire, en particulier la dimension politique pour remettre en cause le système alimentaire et surtout les relations de production dans le pays et au niveau international, les documents du MARNDR ne font que renforcer la dépendance du pays et consolider la prépondérance des acteurs du système alimentaire dans la perversion des alternatives engagées par les acteurs paysans, en particulier les réseaux, organisations et mouvements paysans.

Il y a lieu aussi de considérer le document de politique publique élaboré par la Coordination Nationale pour la Sécurité alimentaire intitulé « Politiques et Stratégies nationales de Sécurité et Souveraineté Alimentaire et Nutritionnelle en Haïti (PSNSSANH) » qui, en fait, représente un pas important dans la définition des politiques publiques en la matière. C’est un document qui a été adopté en Conseil des Ministres au cours de l’année 2021. Malgré les belles propositions incluses dans le document qui a pris en compte certaines des revendications paysannes exprimées dans les Cahiers de revendications paysannes [7], il n’en demeure pas moins vrai que le cadre défini pour l’application de ces mesures reste attaché au système alimentaire mondial, dont les objectifs n’est autre que la promotion de la sécurité alimentaire, encadré par les politiques néolibérales. Autant dire que le document porte en lui-même les contradictions qui l’empêche d’atteindre ses objectifs.

Face à un système alimentaire mondial qui prouve ses limites, voire son incapacité, à apporter les réponses à la crise mondiale, la souveraineté alimentaire s’impose aujourd’hui comme l’alternative pour construire de nouveaux rapports de force au niveau mondial qui suppose une transformation des institutions financières internationales, le dépassement du système-dette qui représente l’une des causes majeures de la pauvreté, en particulier de la faim, dans le monde. Face aux destructions et aux impacts des politiques néocoloniales sur l’espace haïtien et les conditions de vie des populations, la dette écologique qu’accusent les puissances impérialistes envers Haïti est énorme et doit être obligatoirement faire l’objet de réparation. Cependant, cette réparation n’interviendra que dans la dynamique de lutte contre le néocolonialisme, contre la capitalisme et l’extractivisme.

Malgré ces grands coups portés à l’agriculture haïtienne, cette dernière résiste. Elle contribue, pour une large part à la demande interne jusque dans les années 1970-80 ; aujourd’hui encore, malgré l’absence de l’État, les paysans.nes arrivent à couvrir près de 40% de la demande locale. Les institutions financières internationales (le système capitaliste), la bourgeoisie compradore en Haïti se sont toutes liguées pour casser la résistance du pays en matière de système alimentaire, d’autosuffisance alimentaire, mettant en place une stratégie de destruction de l’économie haïtienne en particulier l’économie paysanne, à commencer par le massacre des porcs créoles au début des années ’80, alors que ces animaux constituaient l’essence même de l’épargne paysan et participaient du développement et la vulgarisation des techniques agroécologiques. Ensuite, la libéralisation commerciale, en utilisant le dumping comme élément essentiel de désarticulation des structures de production, l’imposition par les institutions financières internationales du paiement d’une dette odieuse et illégitime, utilisée par les pouvoirs à l’encontre des populations, et une augmentation de la part du budget national allouée au paiement de cette dette. Ces politiques découragent les paysans, détruisent l’agriculture et renforcent la dépendance alimentaire du pays. Pendant ces dernières années, surtout après la publication du rapport Collier, les terres agricoles du pays sont systématiquement menacées par les projets de zones franches industrielles, des industries de transformation d’huiles essentielles en particulier le vétiver, entre autres ; cela induit une urbanisation anarchique et le passage d’une économie de production à une économie de service de basses gammes.

Mouvements sociaux populaires haïtiens en lutte pour la souveraineté alimentaire

Le mouvement social populaire haïtien n’est pas spectateur du processus de destruction des espaces agricoles par les mega-projets qui induisent une dépendance alimentaire accrue. Le mouvement populaire haïtien, la classe paysanne sont en lutte constante contre les politiques économiques extractivistes anti-paysans.nes, anti-souveraineté alimentaire, imposées par les institutions de Breton woods, en particulier à travers le mécanisme de la dette externe. D’ailleurs, les actions de dénonciation, de mobilisations contre les politiques la libéralisation commerciale, en particulier la ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques), les APE (Accord de Partenariat Économique), le processus d’élaboration des Cahiers de revendications paysannes ont contraint l’État à travers le document Politiques et Stratégies nationales de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et nutritionnelle en Haïti (PSNSSANH) à reconnaitre que celle-ci contribue à notre situation alimentaire actuelle. Toutefois, ce document, dans ces stratégies, ne prend pas en compte les causes réelles du processus de la dépendance alimentaire du pays. Ces stratégies non seulement ne prennent pas en compte la question agraire comme élément fondamental du problème alimentaire, mais aussi, elles sont aux antipodes des revendications de la classe paysanne comme : définir et mettre en œuvre une politique agraire et foncière qui permet à toutes et à tous sans discrimination, femmes et hommes, jeunes et vieux, mais surtout aux paysans et paysannes de jouir de leurs droits souverains sur les ressources naturelles comme le stipule la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Paysans.nes et Autres Personnes Travaillant dans le Milieu Rural (UNDROP), adaptée en 2018, sous l’impulsion de la Via Campesina.

Le mouvement social populaire haïtienne, plus particulièrement la classe paysanne a élaboré des cahiers de revendications paysannes. Dans ce document, il est posé clairement la problématique agraire comme élément essentiel pour atteindre la souveraineté alimentaire, une réforme agraire intégrale.

A côté du plaidoyer que mènent les mouvements sociaux populaires haïtiens, diverses initiatives de développement d’expériences agroécologiques à travers le pays voient le jour. Il s’agit pour les organisations et mouvements paysans d’expérimenter des stratégies visant la souveraineté alimentaire des communautés qui, malgré leurs limites, montrent l’importance d’une politique agricole prenant en compte ces expériences et les revendications paysannes. Des expériences développées par la Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), dans la région Nord et Sud du pays, celles en cours avec Tèt Kole Ti Peyizan Ayisyen (TK) ou le Mouvman Peyizan Papaye (MPP) sont porteuses non seulement en ce qui a trait à la restructuration de l’économie et des communautés paysannes, à la régénération des écosystèmes, à la mitigation des effets du désordre climatique, mais aussi et surtout à la contribution à l’autosuffisance alimentaire.

Tout compte fait, les cahiers de revendications paysannes sont de véritables outils de lutte pour la souveraineté alimentaire en Haïti. Toutefois, seul un État populaire, anti-capitaliste, anti-néocolonial, souverain, est capable de répondre à ces revendications. En ce sens, le projet de la souveraineté alimentaire implique la fondation ou la restauration de l’État haïtien en lieu et place de l’« État en Haïti », pour pourvoir s’inscrire dans la décolonialisation des rapports avec le capitalisme, et ainsi renverser le système-dette, tout en insistant sur la nécessité pour les pays colonialistes de réparer les torts causés aux peuples par le système néocolonial. Tout processus d’émancipation des peuples passe d’abord par l’abolition du système-dette qui est la nouvelle version du colonialisme, la mort du système capitaliste et la construction de nouveaux modèles de rapports sociaux de production au niveau mondial.

C’est pourquoi, le mouvement populaire haïtien, le mouvement paysan se battent sans relâche contre la domination, contre les modèles économiques capitalistes néolibérales, néocoloniales, contre les mécanismes d’endettement, contre les projets extractivistes.

La lutte pour la souveraineté alimentaire est intrinsèquement liée à la lutte pour la vie pour l’autodétermination des peuples, et la construction du buen vivir, cela doit obligatoirement passer par la construction d’un projet politique qui prend en compte les revendications fondamentales des populations haïtiennes.

Références bibliographiques

CASIMIR, Jean : Genèse de l’État haïtien, 1804-1859, livre paru sous la direction de Michel Hector et Laënec Hurbon, 2009, ISBN : 978-99994-52-01-4
CNSA, Politiques et Stratégies nationales de Souveraineté et Sécurité Alimentaires et nutritionnelle en Haïti (PSNSSANH), septembre 2020
HOLT-GIMÉNEZ, Eric : De la crise alimentaire à la souveraineté alimentaire, le défi des mouvements sociaux, ALTERNATIVES SUD, Vol. 17-2010 / 37)
PAPDA, Kaye revandikasyon òganizasyon peyizan ak peyizán Ayisyen yo, Me 2018, ISBN : 978-99970-73-91-4
PERCHELET, Sophie, Haïti, entre colonisation, dette et domination, 2 siècles de luttes pour la liberté, Ed. CADTM, Octobre 2010, ISBN : 978-2-930443-15-7
CASTOR, Suzy, L’occupation américaine d’Haïti, une publication du CRESFED, Port-au-Prince, 1988

Notes

[1] Ici, on prête le concept développé par le professeur Jean Casimir dans : Genèse de l’État haïtien, 1804-1859, livre paru sous la direction de Michel Hector et Laënec Hurbon, 2009.
[2] Eric Holt-Giménez : De la crise alimentaire à la souveraineté alimentaire, le défi des mouvements sociaux, ALTERNATIVES SUD, Vol. 17-2010 / 37)
[3] http://www.ciat.gouv.ht
[4] Loi portant sur le code des investissements modifiant le décret du 30 octobre 1989
relatif au Code des Investissements, Journal LE MONITEUR, Spécial No. 4, Mardi 26 novembre 2002
[5] Ibid.
[6] PAPDA, Cahier national des revendications des organisations paysannes, 2018
[7] Op. cit

Auteur.e
Jean-Pierre Ricot
Social worker and program director of the Platform to Advocate Alternative Development in Haiti (PAPDA)

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