Arriver à cet objectif veut dire cesser totalement d’émettre avant 2050. Ça semble, en ce moment une tâche insurmontable. Mais si on se fie aux théories économiques dominantes, la « dé carbonisation » mondiale serait relativement facile. Il s’agirait essentiellement de mettre un juste prix sur le carbone et de laisser les marchés opérer leur magie. On peut présumer que cela comporte de faire des tours de passe-passe (au juste prix) pour que la machine fonctionne en permanence. Et tout ça devrait se passer sans que l’on touche aux systèmes politiques et économiques.
Les progressistes reconnaissent avec raison que la nécessaire transition énergétique ressemble plus à une révolution qu’à une manipulation tordue. Donc, même si généralement ils admettent la nécessité de mettre un prix sur le carbone, leur discours fait de la place aux aspects sociaux avec une certaine priorité.
Le manque d’intérêt pour l’attribution d’un prix au carbone peut aussi venir du manque de modèles qui réussiraient à ce jour. Prenons l’exemple de l’Union européenne. Elle a mis en place une politique du marché du carbone mais qui n’a servit qu’à enrichir les courtiers et les spéculateurs. La preuve de la réduction des émissions reste à faire. Quant à la Colombie britannique, sa taxe sur le carbone n’a produit que des effets disproportionnés sur la classe ouvrière et n’a pas arrêté l’augmentation des émissions. Le cas du Québec et de la Californie est plus intéressant. Leur système de marché du carbone, en assumant qu’il fonctionnera, devrait diminuer les émissions de CO2 grâce à un marché garantit et de la manière la plus économique. Elles vont se réduire en Californie. Les Québécois-es pourront s’enorgueillir d’avoir financé une Californie plus verte tout en pouvant faire augmenter leurs propres émissions. Ce « verdissement » a permis au Premier ministre Couillard de parader à la COP21 avec ses succès, de rencontrer Al Gore en bon racoleur pour lui souligner : « son fantastique leadership dans le monde, en faveur des efforts de l’humanité pour résoudre la crise climatique ».
Malgré tout, l’attribution d’un prix au carbone est une occasion pour les progressistes de combiner la justice sociale et interventions sur le climat. Le potentiel est évident. 20% des classes élevées de la population ont une empreinte énergétique de 4 à 5 fois celle des 20% des classes pauvres. (c.f. statistiques américaines). Il y a donc là la possibilité d’ouvrir un marché pour le carbone tout en redistribuant la richesse vers les classes pauvres.
Cela peut se faire de diverses façons. Mais il faut d’abord décider si l’objectif est de contrôler le niveau d’émissions ou le prix du carbone. Dans le premier cas le niveau est fixé et le prix peut varier alors que dans le deuxième, c’est le prix qui est fixe, pas le niveau d’émissions. James Hansen parle de « droits (d’entrée ou d’inscription) et dividendes ». Dans cette proposition le carbone est taxé à un prix fixe au point d’entrée sur le territoire ou à son point de production. Les fonds ainsi recueillis vont dans une caisse non gouvernementale à but non lucratif et leur totalité est redistribuée à la population adulte. Les mineurs-es obtiennent une moitié du partage.
Même si les compagnies passaient l’augmentation (du coût des biens et services) aux consommateurs-trices les calculs montrent qu’aux États-Unis, une famille de 4 personnes pourrait toucher un revenu supplémentaire de 8,000$ par année. On sait que 60% de la population pourrait être touchée. Cela éliminerait plus que la hausse des coûts tout en encourageant les industries et les individus à consommer moins de carbone.
La proposition de M. Hansen est dite « à revenus neutres » avec sa redistribution du montant total des revenus. Cet aspect a été sélectionné pour des raisons politiques mais il n’est pas obligatoire. Les fonds pourraient être investit dans une caisse « verte » destinée à soutenir la technologie verte et les groupes à bas revenus pourraient recevoir une plus grande part que la moyenne.
Il existe une autre formule dite « loi sur un climat sain et la sécurité des familles ». Il s’agit d’un marché où les émissions de carbone sont plafonnées et qui produit des dividendes. Il est soutenu par le Congrès américain en ce moment.
Si la formule optimale, plafonnement, droits ou toute combinaison hybride de cela, n’est pas encore établie formellement au Canada, il est temps que nous commencions à chercher systématiquement des solutions socialement justes aux problèmes du climat. Des mesures doivent être prises pour que la majorité des Canadiens-nes constatent une amélioration de leur standard de vie tout en étant pressés-es de diminuer leur consommation de carbone. Alors, il y aura une pression réelle pour augmenter le prix du carbone encore plus et à entrer dans la transition.
Mais le temps court dangereusement.