Imposer un bâillon sur une loi aussi controversée et critiquée - notamment par des experts en droit - va entièrement à l’encontre de la démocratie. Cette mesure est d’autant plus inquiétante et consternante que le gouvernement l’emploie uniquement pour satisfaire aux exigences et menaces de Stablex qui veut entamer la destruction du terrain avant le 15 avril, date à laquelle prend effet la loi fédérale sur la protection de l’habitat des oiseaux migrateurs. C’est un dangereux précédent.
La majorité des intervenants qui se sont prononcés lors de la commission parlementaire considèrent que continuer d’enfouir des déchets toxiques en milieu urbain jusqu’en 2065 est une aberration. La bombe toxique, enfouie pour l’éternité, représente déjà un grave danger pour les citoyens de Blainville et ceux du Québec tout entier. Avons-nous oublié également que, sur le nouveau terrain offert en cadeau par notre gouvernement à la compagnie américaine Stablex, il ne s’agit pas que d’enfouissement mais également d’empilement de déchets toxiques pouvant représenter la hauteur d’un édifice de plusieurs étages ? Nous laisserons cette empreinte toxique à une multitude de générations à venir.
De plus, les groupes s’insurgent que le gouvernement ait balayé du revers de la main la demande répétée de tenir une commission d’enquête publique sur la gestion des déchets dangereux au Québec. Cette recommandation, formulée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), a été réitérée par l’Union des municipalités du Québec, la Fédération des municipalités du Québec, des avocats spécialisés en environnement ainsi que par les groupes environnementaux. Le gouvernement s’entête ainsi à continuer sans stratégie à long terme pour la gestion de ces déchets à haut potentiel d’impacts sur l’économie, la santé humaine et l’environnement. C’est d’ailleurs cette absence de politique à jour qui a projeté le Québec dans cette impasse face à Stablex, selon les groupes.
Finalement, un manque flagrant de transparence dans la gestion des déchets dangereux a été révélé depuis le début des démarches de Stablex pour l’agrandissement de son site, notamment concernant les déplacements transfrontaliers de ceux-ci. Les groupes réitèrent leur demande de déclencher une commission d’enquête sur la gestion des déchets dangereux pilotée par le BAPE afin de faire la lumière sur les pratiques en cours. Ils continueront à se mobiliser et à fouiller le dossier pour lever le voile sur les problématiques de la gestion des déchets dangereux au Québec.
Citations
« Que notre gouvernement se plie aux menaces d’une entreprise américaine et de ses actionnaires est juste impensable ! Ces actionnaires ne se soucient aucunement de nos milieux naturels qui seront saccagés et des risques de contamination pour l’eau dans la région. C’est vraiment une triste journée pour la démocratie québécoise. » Rébecca Pétrin, directrice générale d’Eau Secours
« Le gouvernement Legault, faisant fi de l’avis du BAPE, des citoyens, des groupes environnementaux, des municipalités et des experts en droit, n’aura écouté qu’une seule voix, celle d’une entreprise américaine importatrice de déchets dangereux, démontrant le peu d’importance qu’il accorde aux consultations, mais aussi à la notion même d’acceptabilité sociale. » Martin Legault, coordonnateur pour le MARE (Mouvement d’action régional en environnement)
« Il n’y a pas d’acceptabilité sociale quant à l’expansion du site de Stablex…écoutez et entendez nous ! » Pascale Robert, Mères au front de Rivière-des-Mille-Îles
« Où est la conscience du gouvernement quant à ses responsabilités envers la santé environnementale et donc humaine, envers les services collectifs que nous rend cet espace naturel ? Comment ne pas s’inquiéter en voyant les arguments tortueux et fallacieux qui sont mis de l’avant par le gouvernement, et la position de confrontation qu’il adopte envers les municipalités et une large partie de la population ? L’acceptabilité sociale de ce projet de loi est inexistante, et un bâillon est un dangereux précédent anti-démocratique et anti-nature. » - Patricia Clermont, porte-parole de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
« En faisant sien les arguments du promoteur que sont l’urgence et la menace d’un bris de service, le gouvernement s’apprête à prendre une décision qui pourrait avoir de graves conséquences sur les plans tant social, environnemental qu’économique et ce, pour des décennies à venir. » Karel Ménard, directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED)
Signataires
– Eau Secours
– Mouvement d’action régionale en environnement (MARE)
– Coalition Alerte à l’Enfouissement R-D-N (CAER)
– Mères au front de Rivière-des-Mille-Îles
– Société pour Vaincre la Pollution (SVP)
– Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME)
– Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED)
– Fondation Rivières
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