Édition du 1er avril 2025

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Asie/Proche-Orient

La nouvelle guerre de cent ans

Le dernier rebondissement en date du conflit israélo-palestinien (l’opération du Hamas contre l’État hébreu à partir de Gaza samedi le 7 octobre) non seulement indigne les partisans d’Israël, mais complique la tâche des gouvernements occidentaux, car elle les contrarie au plus mauvais moment : en plein milieu de la guerre Russie-Ukraine. Il vient brouiller les cartes en remettant à l’avant-plan l’antagonisme israélo-palestinien.

La résurgence brutale de ce conflit provoque des répercussions partout dans le monde. La complaisance envers Israël, qui est la marque de commerce de la plupart des classes politiques occidentales et leur antipalestinianisme démentent la prétention qu’ils mettent de l’avant pour soutenir l’Ukraine, c’est-à-dire défendre la liberté et la démocratie de ce pays. Il détourne l’attention internationale de l’Ukraine à l’affrontement entre Israël et la Palestine.
Les gouvernements occidentaux prétendent appuyer le droit à la résistance des Ukrainiens et Ukrainiennes. Ils n’hésitent pas pour ce faire à leur fournir un abondant équipement militaire. ils orchestrent toute une propagande à ce sujet. La Cour pénale internationale a même émis un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine, le président russe pour crimes de guerre en raison de bombardements qui ont multiplié les victimes civiles ukrainiennes. Les gouvernements qui soutiennent la cause de l’Ukraine pouvaient donc jusqu’à récemment se donner le beau rôle dans cette sinistre histoire, en particulier celui des États-Unis.

Ils ont instrumentalisé la cause de l’Ukraine à leur profit, avant tout pour contenir l’expansionnisme russe. Et l’expansion territoriale israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est alors ? Les politiciens et politiciennes occidentaux ont beau tenir un discours vertueux, la bouche en coeur et la main sur la poitrine au sujet de leur appui à un État palestinien (toujours "futur"), dans la réalité ils n’exercent aucune pression sur Tel-Aviv pour que le gouvernement israélien lève les colonies de peuplement et entame des négociations sérieuses et honnêtes avec les responsables palestiniens pour y arriver.

Au contraire. Comme on pouvait le prévoir, un concert de condamnations vis-à-vis du Hamas s’est levé, qualifiant son opération de "terroriste" et déplorant (à juste titre) le grand nombre de victimes civiles israéliennes. Toutefois, depuis le début de l’année en Cisjordanie, environ 230 Palestiniens et Palestiniennes (dont des enfants) ont été tués par des opérations coup de poing menées par des commandos de l’armée israélienne contre des militants palestiniens surtout dans des camps de réfugiés et dans d’autres endroits aussi, sans que cela ne provoque la moindre réaction de la part des protecteurs de l’État hébreu. Et l’année n’est même pas terminée...

Mais ce qui exaspère peut-être le plus ceux-ci, c’est que pour la première fois, des voix assez nombreuses en Occident osent faire la part des choses, même dans les reportages télévisés. Des commentateurs et commentatrices sur le terrain font ressortir la misère et l’enfermement des Gazaouis dans cette prison à ciel ouvert que constitue Gaza. Sans appuyer le Hamas, ils le présentent de manière assez impartiale et se penchent sur les raisons du succès relatif de son recrutement parmi la jeunesse gazouie, dépourvue de tout avenir.

D’autres observateurs insistent dans les journaux sur le droit à la résistance des Palestiniens et Palestiniennes qui vaut pour eux comme pour les autres peuples opprimés. Israël continue à bénéficier encore d’une sympathie certaine pour les pertes civiles qu’il a subies lors de l’opération du Hamas, mais elle moins entière qu’autrefois. Et les représailles massives et meurtrières du gouvernement Netanyahou contre Gaza suscitent aussi des critiques justifiées. Déjà, des gouvernements occidentaux (dont celui du Canada) interviennent discrètement auprès de pays arabes (la Jordanie en particulier aux dernières nouvelles) pour essayer de calmer le jeu. Il faut souligner ici que seul le gouvernement américain (en date du 11 octobre) n’a pas demandé à Netanyahou de "modérer ses transports" en matière de représailles contre Gaza...

Des représailles excessives de la part de Tel-Aviv à l’encontre de Gaza, comme des bombardements prolongés et intenses, un blocus visant à affamer la population ou une invasion terrestre sans ménagement pourraient faire l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale international, ce que redoutent sans doute déjà les sionistes. On peut être certain que les États-Unis s’y opposeraient férocement. Mais il faut mettre fin à l’impunité israélienne.

Tout ceci sans oublier que les États arabes n’ayant pas encore normalisé leurs relations avec Israël (notamment l’Arabie saoudite) vont être contraints à tout le moins de retarder ce processus pour tenir compte de leur opinion publique.

Le coup de force du Hamas provoque des conséquences qui se feront sentir encore longtemps. Même les opinions publiques occidentales en ont marre de ce conflit ; des pressions montantes pour que s’entament enfin de véritables négociations entre Palestiniens et Israéliens vont peut-être avoir lieu au cours des prochains mois.

Une conclusion s’impose : il est plus que temps de mettre un terme à cette nouvelle guerre de Cent ans.

Jean-François Delisle

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