Édition du 1er avril 2025

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George Étienne Cartier, du patriote repenti au politicien corrompu

Cartier qui vient d’être commémoré par Harper et Couillard est habituellement présenté comme un des « pères de la confédération ». Il était en tout cas à Londres lors des discussions de 1865-67 qui menèrent à l’Acte d’Amérique du Nord britannique. Depuis ce temps, les gouvernements et leurs intellectuels de service présentent cet acte comme la « constitution » d’un nouveau pays, alors qu’en réalité, il s’agissait d’un arrangement à l’amiable entre l’Empire britannique et l’émergente bourgeoisie canadienne, essentiellement pour bloquer les États-Unis dont la phénoménale expansion menaçait les intérêts britanniques sur le continent.

Une élite montante qui cherche à se faufiler auprès du pouvoir colonial

Le jeune George (sans s parce sa famille lui avait donné le nom du roi d’Angleterre) grandit au sein d’une bonne famille de Verchères et fait ses études au prestigieux Collège de Montréal. Jeune avocat, il est proche comme à peu près toute sa génération des patriotes de Louis-Joseph Papineau. Il prend part aux évènements de 1837 ce qui lui vaut un an d’exil aux États-Unis. Revenu à Montréal grâce à l’amnistie, il s’empresse de se distancier de la rébellion, une « aventure de jeunesse » affirme-t-il. Dans les années 1840, Cartier se fait surtout connaître comme l’avocat de la Compagnie ferroviaire du Grand Tronc, un grand conglomérat industriel et financier qui vise à profiter de l’expansion des chemins de fer. En 1848, il est élu sous la bannière de Louis-Hippolyte Lafontaine et des « modérés » qui cherchent à bloquer le retour de Papineau tout en présentant des revendications dans le but, dit Cartier, d’empêcher la ré émergence du projet républicain de 1837-38. Par après tout en poursuivant sa carrière avec les Conservateurs contre les « Rouges » (héritiers des Patriotes), il devient le proche collaborateur de John A. Macdonald et est nommé procureur général pour le Bas-Canada. De passage en Angleterre pour discuter avec les autorités coloniales, il charme ses auditeurs en déclarant que les « Canadiens sont des Anglais qui parlent français ». Il se dit partisan d’un gouvernement « monarchique » et estime que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique n’a pas à être approuvé ni même discuté par la population.

De la gouvernance à l’arnaque

Plus tard ministre et même premier ministre, il préconise la construction d’un chemin de fer de l’Atlantique au Pacifique. En 1867, il bat de justesse le candidat pro-ouvrier Médéric Lanctôt dans Montréal-Est, mais il est vaincu en 1872. Son ami Macdonald lui donne une circonscription dans la nouvelle province du Manitoba. Il devient également ministre de la milice dont une des tâches est de contrôler les populations métisses francophones mécontentes de l’envahissement de leurs territoires. Peu de temps après, Cartier fait passer une loi qui décrète la construction du chemin de fer et accorde le contrat à la Compagnie du chemin de fer canadien du Pacifique, dont le propriétaire, Hugh Allan, est un grand ami de Cartier et de Macdonald et un des plus importants financiers du Parti conservateur. Les journaux libéraux révèlent que Cartier lui-même a reçu d’Allan $85 000 dollars, ce qui est une somme colossale à l’époque. Avant que n’éclate ce qui devient quelques années plus tard le « scandale du Pacifique », Cartier part en Angleterre où il décède en 1873.

Pourquoi se souvenir de ce minable personnage ?

Après la défaite des Patriotes, le pouvoir colonial a manœuvré pour que le Bas-Canada soit définitivement dompté. Des anciens Patriotes comme Cartier ont retourné leur veste. À cette corruption politique s’est ajouté un système de financement occulte, que les gouvernements successifs à Ottawa et dans la « province » de Québec ont reproduit pour l’essentiel. Ainsi dans ce pays, la corruption n’est pas un problème secondaire, mais un trait fondamental d’un État anti-démocratique où les élites assurent leur contrôle et leurs privilèges, génération après génération. Il est en partie comique d’entendre les bouffons de l’État ou leurs copains des médias berlusconisés appeler cela la « démocratie ». Le peuple regarde cela. Il sait qui ils sont et ce qu’ils défendent. Le roi est tout nu, on le dit tout haut.

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