Le problème, c’est que nous sommes au Québec et non à New York ou à Londres. Les mêmes infos sont diffusées en boucle. Le même reportage revient quatre fois l’heure. Pour dynamiser la livraison des actualités, RDI pousse ses journalistes à être en direct… très… trop souvent. On leur demande d’informer le spectateur sur l’évolution de la nouvelle. Mais en une heure, il n’y a pas toujours du nouveau. Qu’importe, RDI est sur les lieux… pour radoter. Heureusement, contrairement à LCN —la chaîne d’information en continu de TVA — RDI propose des émissions d’analyse.
De l’analyse, donc de l’opinion. Mais qui donne son opinion ? Des experts, des élus, des décideurs. Qui se soucie, sauf à quelques détours, d’un vox pop insignifiant, de l’opinion du citoyen ? À cette époque, point d’Internet ou très peu. Une bande de joyeux lurons visionnaires et contestataires unissent leurs idées et leur énergie et lancent Le Mouton Noir. À Rimouski ? Oui pourquoi pas !
Dans ce numéro, nous vous proposons de faire le point sur l’évolution depuis 20 ans de différents dossiers. Quand on songe à 1995, on pense tout de suite au référendum. Nous jetterons donc un œil sur l’idée de la souveraineté du Québec. Le féminisme, le salaire minimum, l’exploitation pétrolière, mais aussi la place de la presse indépendante depuis 20 ans font partie de notre dossier spécial « 20 ans ».
Nous avons demandé à d’anciens collaborateurs de rendre hommage au Mouton. Ce qui revient souvent quand on parle de la présence du Mouton Noir après 20 ans d’existence, c’est l’exploit que ça représente de tenir à bout de bras un journal indépendant. Mais ne jamais faire de compromis, vouloir demeurer indépendant a un prix, celui de vivre maigre, de survivre. Au cours de la dernière année, les sacrifices nécessaires au maintien du journal ont été majeurs. Toute l’équipe a redoublé d’efforts pour redonner un second souffle à la bête. Jamais il n’a été question de mettre la clé sous la porte. Plus que jamais dans l’histoire des médias, Le Mouton Noir est nécessaire. On lit de l’opinion partout aujourd’hui. Mais une opinion lancée sans arguments valables, sans un minimum de recherche et de mise en contexte peut être plus dangereuse qu’utile dans une société dite démocratique.
Alors voilà pourquoi Le Mouton persiste et signe après deux décennies. Et nous sommes maintenant en bonne position pour lui assurer d’autres belles années.