Présentement, RTA fait d’énormes profits avec la vente d’électricité. Ils font du dumping la nuit vers les États-Unis. La baisse de production d’aluminium à Alma, Shawinigan et dans les installations d’Alcoa fait diminuer les inventaires mondiaux et augmenter le coût à la tonne. Déjà la semaine passée, le coût avait augmenté de 100$. Ce conflit provoque aussi la diminution des coffres du syndicat en prévision de la négociation du fonds de pension en 2014.
RTA possède plusieurs entreprises au Québec. Le conflit à Alma leur sert d’exemple pour les négociations futures. Ils vont tout faire pour rentabiliser leur décision de nous fermer.
J’en suis à mon septième contrat et je travaille pour Alcan depuis 25 ans. C’est la première fois que je vois une telle préparation de la part de l’entreprise. Depuis septembre 2010 approximativement qu’on nous menace de nous sortir en lock-out. Les cadres nous disaient sur le plancher qu’on allait « mettre des sous-traitants dans tous les services », que chaque retraité serait remplacé par un sous-traitant. Ils savaient qu’en diffusant un tel discours, leurs offres seraient refusées.
Je les ai tellement pris au sérieux que j’ai vendu ma grosse maison à Jonquière pour m’acheter un petit bungalow près d’Alma, en avril. J’ai payé toutes mes dettes. Je me prépare à ce conflit depuis un an. J’ai demandé à ma conjointe de se trouver du travail, elle qui a été femme au foyer presque 30 ans. Les signaux étaient tellement clairs sur leur volonté de provoquer un conflit que j’ai subitement décidé de changer de vie à l’approche de ma retraite et m’approcher de mon travail.
Le seul intervenant qui peut mettre fin à ce lock-out est RTA. Lorsque nous avons donné un vote de grève à près de 90%, c’était pour négocier à force égale. Ce lock-out n’a aucune raison d’être. La compagnie nous a sortis sans aucun prétexte valable. Aucune baisse de production ou bris sérieux, ce qui n’empêche pas RTA d’essayer de faire porter l’odieux de leur lock-out sur le syndicat.
C’est pourtant RTA qui nous a sortis sauvagement le 30 décembre au soir, avant même la fin de la convention.
À l’heure actuelle, nous croyons avoir encore suffisamment de force pour négocier. Dans un contexte de mondialisation où le rendement des entreprises est proportionnel à l’appétit démesuré des actionnaires, la disparition des valeurs syndicales sonnerait le glas de conditions de travail décentes pour tous.
Nous, les 780 travailleurs de l’usine Alma, sommes bien petits devant la machine RTA. D’où l’importance de rallier toute la population du Québec et d’ailleurs. Tous ceux qui croient à la possibilité de garder de bonnes conditions de travail dans le futur pour nos enfants et les générations à venir doivent s’exprimer.
L’auteur est syndiqué en lock-out de l’aluminerie Rio Tinto Alcan d’Alma