11 février 2025 | tiré du Courrier interntional
Depuis novembre, les médias glosaient sur l’avenir du tandem improbable, spéculaient sur le choc imminent de deux ego boursouflés et puérils. C’était clair : Elon, bailleur de 280 millions de dollars de fonds de campagne du populiste, buterait vite sur les limites de son influence. Le roi des mâles alpha, en son Bureau ovale, renverrait bientôt le merdeux de la tech à ses fusées et à ses voitures autonomes.
Au bout du compte, une autre réalité s’impose. À Washington, on arrache l’enseigne de l’USAID, l’agence américaine qui fournit 40 % de l’aide humanitaire mondiale. Des centaines de milliers de fonctionnaires dans le collimateur du Doge, le fameux “ministère” de l’Efficacité gouvernementale dirigé par Musk, attendent la suppression de leur poste ou de leur ministère, que, légalement, seul le Congrès devrait pouvoir décider.
Wired peut se targuer d’avoir, le premier, révélé le visage des escouades du Doge. Une bande de mômes âgés de 19 à 24 ans, codeurs émérites recrutés en douce depuis novembre parmi les stagiaires des multiples entreprises d’Elon Musk ou dans la foisonnante fachosphère de la Silicon Valley, qui débarquent en force dans les augustes administrations de la capitale, interrogent des hauts fonctionnaires de carrière sur l’utilité de leur boulot et branchent leurs ordinateurs portables sur les systèmes de paiement ultraprotégés et vitaux du Trésor. The New York Times décrit aussi ces inquisiteurs du moins d’État, en tee-shirts et baskets, couchant sur des lits de camp au milieu des emballages de pizza, entre deux audits du budget de la première puissance mondiale. L’un d’entre eux est connu comme Big Balls, “grosses couilles”, sur les réseaux sociaux ; un autre a dû démissionner quand on a découvert ses tweets de potache dans lesquels il se félicitait d’“avoir été raciste avant que cela devienne cool”. Musk et Trump veulent le réembaucher. Le journal confirme que le commando de 40 ingénieurs, déjà affairé à démanteler le ministère de l’Éducation, est guidé par des adultes, anciens du cabinet de conseil McKinsey ou de la banque d’affaires Morgan Stanley, ou revenants idéologues de la première ère Trump. Un juge fédéral vient de bloquer temporairement l’accès du Doge au Trésor. Trop tard, probablement, pour minimiser les dégâts.
Elon contre l’“organisation criminelle”
Au fait, pourquoi tant de haine ? NBC tente de comprendre l’acharnement d’Elon Musk contre l’USAID, l’agence d’aide au développement américaine présente dans plus de 100 pays, dont le budget de 50 milliards de dollars – un peu plus de 1 % des dépenses publiques des États-Unis – assure, entre autres, par ses fournitures de médicaments, la survie de 20 millions de séropositifs en Afrique et soutient des centaines d’ONG promouvant la démocratie. Trump s’est dit “favorable au concept de l’USAID”, tout en regrettant que cette administration soit remplie de “givrés d’extrême gauche”.
Musk y voit carrément “une organisation criminelle spécialisée dans le blanchiment d’argent”, pour avoir probablement lu trop avidement, avant de les reposter à ses 216 millions d’abonnés, les tweets d’un quarteron de trolls d’extrême droite tels Wall Street Apes, Kanekoa The Great, Autism Capital et Chief Nerd, qui s’époumonent depuis des années sur le complot mondialiste. Mais le patron de X tire avant tout son inspiration d’un dénommé Mike Benz, un ancien second couteau des services de com du département d’État durant le premier mandat de Trump, dont le fonds de commerce se résume au cassage quotidien de l’USAID sur les réseaux sociaux. La technique est simple : accuser l’aide internationale de collusion avec la CIA et avec le deep state, l’État dans l’État. Balancer des vidéos présentant, sur un ton haletant, des tableaux bourrés d’acronymes, des flèches colorées et des conclusions apocalyptiques. Agiter bien fort, puis relancer les milliers de commentaires. Elon Musk repostait ces délires en les accompagnant d’un “Wow !” ou d’un “Yes” ébaubi. Maintenant, il les met en pratique, en saccageant l’aide humanitaire.
Flics et trafics sur Google
Les expulsions massives de migrants ne sont pas si massives, en fin de compte. Trump a eu beau mobiliser toutes les polices fédérales aux côtés des agents de l’Immigration and Custom Enforcement (ICE), la police de l’immigration et des douanes, obliger des analystes du contreterrorisme du FBI à lâcher leurs dossiers pour traquer les sans-papiers mexicains dans les abattoirs de volailles, les prises sont maigres, faute de forces adéquates. Alertés par le battage médiatique, les fugitifs se planquent mieux, aussi, et les 5 000 ou 6 000 arrestations depuis le 20 janvier ne suffisent pas au plan média de la Maison-Blanche. D’où une manœuvre de génie décrite par The Guardian} : elle consiste, pour l’ICE, à manipuler les requêtes sur Google en empilant sur le web d’anciens communiqués de presse, vieux parfois d’une dizaine d’années, décrivant des raids spectaculaires, et à truquer leur date de publication pour les faire passer pour des opérations récentes. Le journal a demandé des explications à la police fédérale. Depuis lors, la glorieuse série des rafles d’immigrants s’est brusquement tarie sur le moteur de recherche.
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