Tiré du blogue de l’auteure.
Sam Nzima, qui vient de mourir le 12 mai dernier, fait partie de cette longue liste de photographes sud-africains qui ont été de grands passeurs d’information sur une société estropiée, défigurée par l’idéologie de la suprématie de la race blanche, imposée par la force par le système d’apartheid. Les photos de Cole, Bob Gsani, Jürgen Schadeberg, Peter Magubane, l’équipe de photographes du magazine Drum ; Cedric Nunn, Omar Badsha, Peter MacKenzie d’Afrapix ; David Golblatt ; un groupe de photographes connus sous le nom du « Bang Bang Club » ont réussi dans des circonstances souvent dangereuses à nous transmettre par la force et la beauté d’une image toute la douleur d’un peuple indomptable.
Afrapix, selon la notice que lui consacre South African Archive, « un collectif de photographes progressistes et une agence, établie en 1981 par Omar Badsha, Lesley Lawson et un petit groupe de photographes militants noirs et blancs… a joué un rôle fondateur dans le développement d’une école de photographie documentaire dans l’ Afrique du Sud de l’apartheid. La formation d’Afrapix coïncide avec la montée du militantisme dans la société chez les travailleurs, les femmes, les jeunes, et a favorisé l’émergence de réseaux progressistes ou alternatifs des médias face à la censure… Les photographes d’Afrapix ont mis en commun leur savoir faire et leur ressources pour former de jeunes photographes noirs pour exposer la vie, la répression dans leurs communautés et faire connaitre leur travail au mouvement progressiste dans le pays et à l’étranger ». Autrement dit, la photographie est plus qu’un art, c’est une source irremplaçable de documentation.
Sam Nzima fait partie de ces photographes dont les clichés vous lancent à la figure la réalité hideuse de l’apartheid et vous font vaciller sous le choc de l’émotion. On a comparé, non sans raison, sa célèbre photo à une pietà de la renaissance italienne.
Sam Nzima est né en 1934 à Lillydale, une petite ville aujourd’hui située dans la province du Mpumalanga, une des plus pauvres d’Afrique du Sud. A l’école, un enseignant lui a expliqué le fonctionnement d’un appareil photo et le jeune Sam a fini par en avoir un et il a photographié les animaux du Parc Kruger. Pour vivre il a été ouvrier agricole, jardinier puis serveur dans un hôtel à Johannesburg et c’est là qu’il a commencé à faire les portraits de ses collègues de travail. Puis il envisagea de gagner sa vie en faisant du photojournalisme et l’éditeur du journal The World lui donna sa chance.
La publication de la photo de Soweto ne manqua pas d’attirer l’attention de la police et il prit le large en retournant à Lillydale, abandonna la photo, pour ouvrir une boutique de vins et spiritueux, largement dégoûté de voir que des photographes malhonnêtes s’attribuaient la paternité de sa célèbre photographie.
Sam Nzima avait fait de multiples clichés du soulèvement des écoliers de Soweto qui refusaient l’imposition de l’afrikaans pour étudier, mais il avait choisi la photo d’Hector Pieterson, mourant dans les bras de son ami, pour être publiée. En faisant le tour du monde, cette photo est devenu le symbole du 16 juin 1976, quand la jeunesse des townships a pris la relève des luttes contre un système qui voulait faire d’eux, comme il l’avait fait avec leurs parents, des parias dans leur propre pays.
Source Daily Maverick
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