Ce faisant les jeunes libéraux promettent d’enliser le nécessaire débat sur la laïcité des institutions publiques dans les ornières que les commissaires Bouchard et Taylor avaient déjà bien tracées.
On se souviendra que les commissaires s’étaient évertués à lier de manière fort imprudente l’identité culturelle, la religion et l’immigration. Tout le débat avait dès lors été engagé sur deux prémisses fausses à savoir, premièrement, les immigrants étaient nécessairement religieux puis, deuxièmement, les diverses identités culturelles ne pouvaient être bien comprises qu’à partir de leur composante religieuse.
Mais les immigrants sont-ils tous religieux ?
Les commissaires ont fait la sourde oreille à toutes les données sociologiques qui prouvent pourtant que, partout dans le monde, les sociétés se modernisent et délaissent les pratiques religieuses. Par conséquent ils auraient pu enfin comprendre que les immigrants provenant de ces sociétés ne sont pas plus, ni moins religieux que la moyenne des non-immigrants. Il y a donc des immigrants athées, agnostiques ou non-pratiquants dans les mêmes proportions qu’il y a des non-immigrants athées, agnostiques ou non-pratiquants.
Les identités culturelles sont-elles avant tout religieuses ?
Les commissaires nous ont habitués à réduire l’identité culturelle à la seule dimension religieuse exactement comme dans le nouveau cours obligatoire d’Éthique et culture religieuse (ECR) où la connaissance de « l’autre » passe exclusivement par la connaissance de la « culture religieuse » en faisant fi de toutes les autres dimensions culturelles. Or rien ne permet de lier de manière aussi étroite « culture » et « religion » ; une religion donnée peut être pratiquée dans différentes cultures et une même culture nationale ou linguistique peut être partagée par des personnes de diverses religions, des agnostiques et des athées.
Force est de constater que les commissaires Bouchard et Taylor ont activement contribué à la méconnaissance des immigrants en perpétuant des préjugés absurdes à leur endroit.
En proposant la création d’un « office québécois d’harmonisation interculturelle » les jeunes libéraux ne font que remettre à l’ordre du jour les errances et les erreurs véhiculées par les promoteurs de cette laïcité qui se croit "ouverte" mais qui ne fait qu’enfermer les immigrants, de gré ou de force, dans des catégories communautaires qui ne leur conviennent pas toujours et qui, trop souvent, nuisent à leur intégration.
À strictement parler, la laïcité n’a rien à voir avec l’identité culturelle ou l’immigration. La laïcisation des institutions fait plutôt partie d’un processus de modernisation et de démocratisation des sociétés. Le processus de laïcisation des institutions québécoises (encore inachevé) date des années 60. Il est antérieur aux vagues d’immigration que nous connaissons actuellement. Le débat sur la laïcité a cours présentement dans plusieurs sociétés aux horizons culturels divers. Les immigrants proviennent de ces sociétés et espèrent trouver au Québec une société moderne et démocratique à la hauteur de leurs aspirations.
Marie-Michelle Poisson
présidente www.mlq.qc.ca