Compte tenu de l’information déficiente et/ou biaisée un bon nombre n’arrive pas à identifier la racine du mal et déboussolés, certains font des virages à 180° lors d’élections. Ce n’est qu’une minorité qui peut articuler clairement les caractéristiques du nécessaire changement.
Avec ce livre Le nouveau gouvernement du monde, Georges Corm apporte la lumière nécessaire à une compréhension en profondeur des enjeux. Il nous fait prendre conscience de la démesure et de la dangerosité du pouvoir mondialisé et comment son emprise affecte et infecte gravement toutes les démocraties dans le monde.
L’auteur explique “comment se sont imposés les dogmes simplistes” de l’idéologie néolibérale et décrit comment celle-ci repose sur huit axiomes sans aucun fondement scientifique.
Au fil des pages on comprend comment inspiré par Hayek, Friedman et sa “bible de l’économie néolibérale” a réussi à prédominer et “ à vider de toute substance le cursus des études économiques” à entraîner “la marginalisation...voire la disparition de toute mention des grands économistes des deux derniers siècles.“ bref à dévoyer “un patrimoine intellectuel de grande valeur”
L’obscurantisme de cette doctrine “qui relève d’une croyance de l’ordre du sacré” est entretenu par de faux débats : faut-il “trop d’État, moins d’État ?”, faut-il “abaisser la pression fiscale pour favoriser le climat des affaires ?" etc. L’auteur démasque également toutes les diversions qui empêchent les vrais débats sur les questions essentielles, notamment le réchauffement climatique et les causes de la pauvreté.
Le plus saisissant dans ce livre, c’est de constater comment “la dégénérescence de l’enseignement de l’économie” a abouti en “une vaste entreprise de formatage des esprits” qui contribue à former une “véritable armée des volontaires de la globalisation”. “ En vingt-six ans, le nombre total de diplômés en gestion des affaires aux États-Unis s’est ainsi élevé à quelque 4 millions de personnes, qui constituent aujourd’hui, avec les millions d’autres formées dans le reste du monde, l’armature du pouvoir bureaucratique mondialisé”
Un autre point fort, c’est le chapitre portant sur “les nombreuses composantes du pouvoir mondialisé” Il dresse un portrait de l’étendue et la complexité de cette toile d’araignée qui emprisonne les esprits. La structure de ce pouvoir est basée sur des relations hiérarchiques mais également sur un vaste et important réseau. “Le pouvoir mondialisé est un pouvoir en réseau qui s’appuie sur des relations étroites [...] entre les hommes d’affaires et d’argent, les hommes politiques en fonction [...] les gouverneurs des banques centrales, [...] les responsables des grandes agences [...] telles que la Banque mondiale et le FMI ou l’OMC, de même que les patrons des médias et les journalistes médiatisés...”
Pour avoir un faible aperçu de leur puissance, nous n’avons qu’à penser à l’ampleur de la crise financière qui a amené l’humanité au bord du gouffre économique et ce provoquée par leur doctrine, sans que l’emprise de ces “globalisateurs dogmatiques” sur le monde en soit ébranlée, et sans qu’aucun véritable changement soit instauré.
L’auteur n’est pas faussement optimiste quand au futur. Il se demande “d’où partira l’étincelle d’une telle révolution ?" Parmi les forces de changements, il identifie entre autres, le Forum social mondial, même les organisations réformistes fondées par d’anciens membres du pouvoir mondialisé, tel que le Collège international éthique, politique et scientifique qui regroupe des gens comme Edgar Morin, Joseph Stiglitz, Stéphane Hessel, etc“ et aussi le renouveau d’intérêt pour le système coopératif, comme alternative au système actuel”
Après la lecture de ce livre, les citoyens incluant ceux déjà passablement bien informés, seront davantage conscients de la perversité de ce système et rejoindront les atlermondialistes qui "accusent le néolibéralisme d’avoir détourné l’évolution du monde de cet idéal d’une société universelle juste, pour constituer un pouvoir oligarchique mondial qui aggrave les inégalités à l’intérieur des nations et entre les nations"
Les torts faits à l’humanité sont incommensurables. Cette globalisation économique sera reconnue un jour par l’histoire, comme faisant partie des grandes aberrations de l’humanité au même titre que l’infériorisation des femmes, l’esclavage, et la colonisation.
Comme l’humanité a réussi à se débarrasser, du moins en partie de ces fléaux, il est inconcevable qu’elle ne réussisse pas à secouer cette grande noirceur néolibérale.
Première étape : la prise de conscience. Si Le nouveau gouvernement du monde devient un bestseller et est lu par des millions de gens, l’espoir pourrait refleurir car l’imposture néolibérale serait démasquée, leur crédibilité et influence sérieusement minées.
Même si ce livre au riche contenu est d’une grande clarté et d’une grande force intellectuelle, la presse dominante, composante importante de ce pouvoir mondialisé, ne lui fera sûrement pas de publicité. A chacun de nous de faire la promotion de cette oeuvre magistrale.