Tiré de Politis.
Le 3 mars 1991, à Los Angeles, Rodney King, un Afro-Américain de 25 ans est passé à tabac par des policiers de la LAPD. A sa fenêtre, George Holliday, un habitant du quartier, filme la scène. La vidéo circule. Un procès a lieu et, le 29 avril 1992, lorsque les policiers sont acquittés, la colère éclate dans les rues de Los Angeles.
Sept mois plus tard, Malcolm X de Spike Lee sort dans les salles américaines. L’action du film se déroule entre les années trente et soixante, mais l’ouverture lie les époques. En voix off, un discours de Malcolm X et, en gros plan, le drapeau américain. Progressivement, les images du drapeau sont interrompues par celles filmées par George Holliday et, alors que la sublime partition de Terence Blanchard s’intensifie, le drapeau s’embrase pour former un X.
L’incipit de Malcolm X, lyrique, brillant, est une entrée éclairante dans le cinéma de Spike Lee. En tant qu’artiste engagé, celui-ci se donne une mission : rappeler aux jeunes générations l’inscription de leurs combats dans une continuité historique. Celle-ci remonte pour lui à la fondation de la nation américaine. Elle est peuplée d’hommes et de femmes qui se sont battus pour leur droit et contre le racisme dont ils sont les constantes victimes.

Depuis l’assassinat de George Floyd, Spike Lee est présent dans les médias. Le 31 mai dernier, sur CNN, il apparaît arborant un pull portant l’inscription 1619, année qui vit l’arrivée des premiers esclaves aux Etats-Unis. « C’est l’histoire, s’exclame-t-il, encore et encore. Ce n’est pas une nouveauté. Les atteintes aux corps noirs sont là depuis le début. Les gens sont dans la rue parce que des Noirs se font tuer ».
Lors de cette même émission, Spike Lee diffuse un court métrage qu’il vient de réaliser. Le film reprend le dispositif du montage alterné utilisé au début de Malcolm X. On y voit les vidéos des assassinats de George Floyd et d’Eric Garner, entrecoupées d’une scène de son Do The Right Thing, filmé en 1989, où le personnage de Radio Raheem était lui-même tué par deux policiers. Le titre : Three Brothers – Radio Raheem, Eric Garner and George Floyd. La similitude entre les trois séquences rassemblées par Spike Lee est stupéfiante, les mêmes gestes, les mêmes mots, les mêmes réactions, et le film, glaçant, résume, en quelques minutes, la violence matricielle qui déchire le pays et décime la communauté noire.
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