Édition du 1er avril 2025

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Le mouvement des femmes dans le monde

25 novembre 2016 : Journée internationale pour l’élimination des violences envers les femmes (Lausanne)

La violence envers les femmes est une grave violation des droits humains qui empêche la solidarité attendue d’une démocratie. Nous exigeons une vie libre pour les femmes, sans violence sexiste !

tiré du site web de Feminista ! (Suisse)

Les violences sexistes, qu’est-ce que c’est ?

Les féminicides, les meurtres des femmes parce qu’elles sont des femmes, représentent la pointe de l’iceberg des multiples violences masculines qui détruisent notre quotidien : harcèlement sexuel au travail et dans la rue, publicités sexistes, culture du viol, insultes et blagues sexistes, misogynie, agressions physiques, violences conjugales, viols, pornographie mainstream, exploitation sexuelle, traite des femmes, esclavagisme sexuel, maltraitances gynécologiques, violences lesbophobes et transphobes, violences contre les personnes de genre non binaire, mutilations génitales féminines, violences économiques…

Il ne s’agit pas de problèmes isolés et indépendants les uns des autres. Les violences sexistes sont la conséquence du système patriarcal dans lequel nous vivons depuis trop longtemps et servent à le maintenir et le perpétuer.

La violence envers les femmes est une grave violation des droits humains qui empêche la solidarité attendue d’une démocratie.

Certes, les lois et les politiques publiques ont évolué. Mais il reste beaucoup à faire. En Suisse, les lois contre les violences sont très récentes et peinent encore à être appliquées. Ce n’est qu’en 1992 que le viol conjugal est reconnu ! Qu’à partir de 1996 que le harcèlement sexuel est interdit ! Encore aujourd’hui le seul viol reconnu est celui par pénétration vaginale. Au-delà de ce retard, la plupart des victimes n’obtiennent ni justice ni réparation.

Enfin, le traitement médiatique est complètement inadéquat, basé sur le sensationnalisme. Pourquoi les médias suisses continuent-ils de parler de crimes passionnels quand il s’agit de féminicides ou de dire qu’une femme S’EST fait violer ? Le discours sur l’amour ou la passion et l’induction de la responsabilité de la femme dans son viol masquent le contrôle et la domination dont sont victimes les femmes.

Aujourd’hui, de nombreuses associations féministes ou de femmes pallient la carence de protection étatique des femmes et des victimes de violences sexuelles. En prime, ces associations et leurs luttes ont fait et font émerger des problèmes jusqu’alors invisibles, comme le harcèlement dans l’espace public, les violences envers les femmes, la sous-représentation des femmes dans la culture et le champ médiatique, la prédominance de modèles culturels féminins très stéréotypés, du statut de victime/survivante ou du consentement.

Les chiffres sur la violence sont accablants !

En Europe, un tiers des femmes ont été victimes de violences physiques ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans ; presque la moitié des femmes subissent des violences psychologiques dans le couple et presque toutes ont déjà vécu du harcèlement sexuel1.

On en a marre qu’en Suisse :

◾Toutes les deux semaines, l’une d’entre nous meurt suite à des violences sexistes,

◾Une femme sur cinq subit des actes de violence physique ou sexuelle de la part de son partenaire au cours de sa vie.

En 2015, 74% des victimes de violences dans le cadre domestique étaient des femmes, alors que 78% des auteurs étaient des hommes ; 81% des auteurs de violences sexuelles sont des hommes alors que 84% des victimes de violences sexuelles sont des femmes. Pourtant, on continue de nous présenter les chiffres des violences comme si hommes et femmes étaient victimes et agresseurs au même titre2.

Cet état de fait s’aggrave lorsque nous nous penchons sur l’application de la loi. Tout d’abord, la peine maximale de 10 ans est rarement utilisée et les sanctions pécuniaires sont fréquentes lors des condamnations pour contraintes sexuelles. Puis, depuis la modification du Code pénal en 2007, les condamnations ont baissé. Ainsi depuis 2006 pour 1155 plaintes, 327 ont débouché sur une sanction, soit un peu moins d’un tiers des plaintes. Et la moyenne des condamnations ne dépasse pas 3,5 ans. Enfin, pour assombrir encore le tableau, seules 20 à 30% des victimes des viols et agressions portent plainte, selon l’association Viol-Secours. De ces dénonciations, moins du tiers sont condamnées par la justice. Enfin, de nombreux auteurs ne passent pas par la case prison et n’ont que des peines pécuniaires, les juges prenant souvent en compte les remords des agresseurs et ne souhaitant pas les accabler. Pénaliser ces agressions comme des délits au lieu de crimes interroge sur l’évaluation des risques de récidive et d’aggravation des violences envers les femmes, phénomènes observés et reconnus dans ces cas précis d’agressions. La mise en œuvre de la loi questionne également son effet dissuasif, interpellation d’autant plus pertinente qu’une étude expérimentale de l’Université de Montréal et de l’Université de Rennes 2 démontre que 30 % des hommes iraient jusqu’à l’agression sexuelle s’ils étaient assurés de ne pas être poursuivis.

Feminista ! Collectif féministe basé à Lausanne

1 Selon l’Enquête de l’Agence des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne (2014).

2 Selon l’Office Fédérale de la Statistique, La violence domestique en chiffres au niveau national

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