En regardant ce film biographique, vous serez à même de constater que Billie Holiday n’a pas eu la vie facile. Elle a été élevée dans un bordel et violée à l’âge de 10 ans.
Rendue à l’âge adulte, elle devient une héroïnomane[1]. Ce qui fait d’elle une cible idéale pour le FBI qui n’a pas hésité à déployer des ressources en vue de la surveiller très étroitement et même de la harceler durant cette période où l’organisme gouvernemental fédéral américain menait une croisade antidrogue. En plus, en vue de faire d’une pierre deux coups, tout a été mis en œuvre pour l’empêcher de chanter Strange Fruit, cette chanson qui avait l’audace de dénoncer le lynchage des Noirs dans le sud des USA.
Ce film est une adaptation du livre de Johann Hari intitulé Chasing the Scream : The First and Last Days of the War on Drugs. Il appartient donc au genre drame biographique comportant un volet musical important. On y retrouve également une grande dénonciation du non-respect des droits des membres de la communauté afro-américaine. C’est en raison de son engagement contre le racisme et le lynchage des noirs que la chanteuse Billie Holiday est devenue la tête de Turc du FBI, fermement résolu à la faire inculper pour sa consommation de drogues, quitte à recourir à des moyens illicites pour parvenir à leurs fins.
Andra Day incarne avec beaucoup de solidité Billie Holiday dans ses moments de triomphe et de descente aux enfers.
À la sortie du visionnement de ce film, vous vous direz que l’art est parfois en lien très étroit avec la politique. Ces deux dimensions de la pratique humaine et sociale qu’on nous présente comme étant indépendante et spécialisée sont, dans certaines circonstances, intimement imbriquées l’une dans l’autre, comme c’est le cas ici avec cette histoire de Billie Holiday.
En cet été 2022, où les reculs en matière de droits des femmes et de droits de l’environnement sont de plus en plus désespérément malmenés et niés par la Cour suprême des USA ; en cette période où le mouvement Black Lives Matter poursuit sa lutte contre le racisme systémique envers les Noirs, vous vous direz que, hélas, cela fait trop longtemps que certaines institutions politiques, policières et juridiques, chez notre voisin du Sud, se spécialisent dans la négation des droits de la personne et de l’environnement. Il ne faut par contre jamais cesser d’espérer d’obtenir un jour des redressements de situation avantageuse pour le plus grand nombre dans ce monde toujours injuste, inégalitaire, raciste, anti-femmes et quoi encore… Comme ils disent dans la langue de Dante : La lutta continua !
Yvan Perrier
4 juillet 2022
13h
yvan_perrier@hotmail.com
Strange fruit : Abel Meeropol (1937)
Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Pastoral scene of the gallant South
The bulging eyes and the twisted mouth
Scent of magnolia, sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh
Here is a fruit for the crows to pluck
For the rain to gather, for the wind to suck
For the sun to rot, for the tree to drop
Here is a strange and bitter crop
Traduction
Les arbres du Sud portent un fruit étrange
Du sang sur les feuilles et du sang à la racine
Corps noirs se balançant dans la brise du Sud
Fruits étranges suspendus aux peupliers
Scène pastorale du sud galant
Les yeux exorbités et la bouche tordue
Parfum de magnolia, doux et frais
Puis l’odeur soudaine de la chair brûlée
Voici un fruit à cueillir par les corbeaux
Pour que la pluie s’accumule, pour que le vent suce
Pour que le soleil pourrisse, pour que l’arbre tombe
Voici une récolte étrange et amère
[1] Les psychologues et les spécialistes en dépendance aux drogues sont mieux placés que l’auteur du présent texte pour dire si avec un tel début dans la vie cela rendait Billie Holiday vulnérable ou non face aux substances toxiques et addictives. Au sujet de la dépendance à la drogue et à l’alcool, nous référons la lectrice et le lecteur au texte de Stanton Peele, 1982. L’expérience de l’assuétude. Montréal : Université de Montréal, 59 p.. Cette brochure est disponible à la Bibliothèque nationale du Québec.
Zone contenant les pièces jointes
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