Tiré de Entre les lignes et les mots
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Soutien des artistes chorégraphiques des Ballets en régions aux artistes du Ballet de l’Opéra de Paris et à leur délégué syndical.
Dans son papier publié dans le Figaro du 11 décembre [1], la journaliste Ariane Bavelier fait état de grèves qui se ritualisent, de crises qui se succèdent et se ressemblent, d’un dialogue qui se noue… Selon la journaliste, l’explication est très simple : il y a d’un côté une direction qui multiplie les propositions, et de l’autre, un délégué syndical qui ne veut rien entendre. Ce dernier est nommément attaqué par la journaliste, qui le présente comme « un Coryphée donnant, dans sa prestation de délégué CGT, une prestation d’Étoile ». Celui-ci demanderait des choses déraisonnables dans un contexte peu favorable dont il n’ignore rien. Les artistes du ballet seraient jaloux·es de leurs voisin·es du chœur, mais, somme toute, privilégié·es vis-à-vis de leurs homologues en région ou aux États-Unis.
Avant toutes choses, nous souhaitons dénoncer cette odieuse attaque personnelle et apporter tout notre soutien à Matthieu Botto. Puisqu’il faut le rappeler : les salarié·es s’organisent collectivement et élisent des représentant·es en leur sein. C’est une tâche ingrate qui a toujours un coût. Accepter d’être représentant·e des salarié·es, c’est accepter la charge de lourdes responsabilités. On parle de « salarié·es protégé·es » mais en réalité, ils et elles sont plus souvent licencié·es que les autres. Quant à leur performance de délégué·es, ils et elles n’ont de compte à rendre à personne d’autre qu’aux salarié·es qui les ont élu·es.
Concernant la situation des danseur·euses dans les maisons d’Opéra, nous partons de loin et tant que nous ne demanderons rien, rien ne nous sera accordé. Jeunes, mettant du temps à se construire une personnalité revendicative, étant partagé·es entre l’envie de faire nos preuves et le besoin d’être respecté·es, nous, danseur·euses construisons difficilement des revendications communes et solidaires. De manière générale dans le secteur du spectacle, la question de la grève et de l’annulation d’un spectacle est très sensible. Il s’agit de l’aboutissement d’un énorme travail que l’on partage enfin avec le public, personne ne le fait de gaieté de cœur. Plutôt que d’y voir, comme la journaliste, une banalisation de la grève, il faut y voir les signaux d’une crise profonde et d’un tournant salutaire.
Privilégié·es vis-à-vis des danseur·euses dans les autres compagnies nationales voire internationales, les artistes du Ballet de l’Opéra de Paris ne devraient pas se plaindre ?
Est-ce qu’en raison de situations dégradées ailleurs, il ne faut pas chercher à améliorer la sienne ? Nous estimons que le Ballet de l’Opéra de Paris doit être un fer de lance pour les autres structures de danse. Certes, les danseur·euses des compagnies en régions ne sont pas payé·es à la hauteur de leur travail. Là aussi, tout le travail des danseur·euses pour leur métier n’est pas reconnu à sa juste valeur. Être danseur·euse ne consiste pas simplement à transpirer en scène ou en salle de répétition ; c’est aussi faire du renforcement physique ciblé, coudre des chaussons, soigner ses blessures, se maquiller, se coiffer, s’étirer, se chauffer, préparer une reconversion…
Bien souvent, ces éléments ne sont pas pris en considération dans la rémunération. Les danseur·euses commencent leurs études professionnelles très jeunes et suivent systématiquement un double parcours d’études : le cycle scolaire et la formation professionnelle qui dure entre 5 et 8 ans. La carrière au sein d’un ballet permanent dure une vingtaine d’années. L’usure de leur corps, les blessures à répétition ou définitives, l’intensité et l’exigence du travail contraint les danseur·euses à s’imaginer une seconde carrière. Le chemin vers une meilleure considération de l’ensemble de la carrière des artistes chorégraphiques est encore long et la récente lutte des artistes du Ballet de l’Opéra de Paris nous fait toutes et tous avancer.
Madame Bavelier décrit des revendications animées par « cette vieille plaie de l’envie qui lie les corps de métiers de l’opéra pour peu que, cassant leur mission d’art total, ils regardent dans l’assiette du voisin ».
Le principe de non-discrimination, et donc la comparaison de différents traitements au sein d’une même entreprise est souvent une base et un appui pour élaborer des revendications et améliorer les conditions du plus grand nombre.
Alors, oui, les danseur·euses regardent les points communs qu’ils et elles ont avec les chanteur·euses car bien qu’ayant chacun leur spécificités, ces métiers sont comparables. Mais l’un est moins bien rémunéré que l’autre. Comment l’expliquer ? Est-ce un héritage de l’histoire ? Rappelons que s’il y a un ballet au premier acte de tous les opéras français du XIXème, ce n’est pas au nom de « l’art total », mais parce que le Jokey Club, haut financeur de l’opéra, faisait du lobby pour que cette clause demeure dans le cahier des charges des commandes (l’opéra dépendant alors du ministère de l’intérieur). Cela leur permettait de rendre visite aux jeunes danseuses dans leurs loges à l’entracte. Est-ce un reste de l’époque où les ballets étaient des sous-parties des opéras ? Est ce que le métier de danseur serait plus facile que celui de chanteur ?
Ou, comme s’amuse à le préciser Mme Bavelier, la différence de salaire peut aussi s’expliquer par « une réalité du marché du travail » ?
Est-ce parce qu’une situation d’inégalité existe sur le marché du travail que cela justifie sa pérennisation ? La différence de rémunération des femmes et des hommes sur le marché du travail est une réalité… Pour autant, à lire la journaliste du Figaro, on pourrait croire qu’il ne faudrait pas l’interroger, la remettre en cause ou pire… se battre contre !
Oui, cette différence existe entre les danseur·euses et les chanteur·euses, et non, elle n’est pas justifiée. Ce n’est pas une affaire de « jalousie », mais un point d’appui pour construire une revendication.
Nous, artistes chorégraphiques des Ballets en régions, saluons le mouvement et le courage des artistes du Ballet de l’Opéra de Paris. Ensemble continuons à élever nos voix pour améliorer nos conditions de travail.
Premiers signataires :
Jonathan ARCHAMBAULT, danseur et RP2 SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Malou BENDRIMIA, danseuse et RP SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Sylvain BOUVIER, danseur et RP au Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Charlotte COX, danseuse et RP CFDT au Ballet de l’Opéra de Metz
Guillaume DEBUT, danseur et RP SFA – CGT au Ballet de l’Opéra de Bordeaux
Ines DEPAUW CUMINE, danseuse et RP SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Kim DO DANH, danseuse et RP CFDT au Ballet de l’Opéra de Metz
Tristan IHNE, danseur et RP SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Erwan JEAMMOT, danseur et RP SFA – CGT au Ballet de l’Opéra du Rhin
Guillaume LILLO, danseur et RP au Malandain Ballet Biarritz
Claire LONCHAMPT, danseuse et RP au Malandain Ballet Biarritz
Jesse LYON, danseur et RP SFA – CGT au Ballet de l’Opéra du Rhin
Aurélien MAGNAN, danseur et RP CFDT au Ballet de l’Opéra de Metz
Charlotte MEIER, danseuse et RP SFA – CGT au Ballet de l’Opéra de Bordeaux
Lexane TURC, danseuse et RP SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Céline SCHOEFS, danseuse et RP SFA – CGT au CCN Ballet de Lorraine
Clara SPITZ, danseuse et RP SFA – CGT au Ballet de l’Opéra de Bordeaux
Valérian ANTOINE, danseur au Ballet de l’Opéra de Metz
Noé BALLOT, danseur au Malandain Ballet Biarritz
Timothée BOULOY, danseur au Ballet de l’Opéra de Metz
Matteo CASTELLARO, danseur au Ballet de l’Opéra de Metz
Mickael CONTE, danseur au Malandain Ballet Biarritz
Charles DALERCI, danseur au CCN Ballet de Lorraine
Lore JEHIN, danseuse au Ballet de l’Opéra de Metz
Laure LESCOFFY, danseuse au CCN Ballet de Lorraine
Elisa LONS, danseuse au Ballet de l’Opéra de Metz
Timothée MAHUT, danseur au Malandain Ballet Biarritz
Clément MALCZUK, danseur au Ballet de l’Opéra de Metz
Afonso MASSANO, danseur au CCN Ballet de Lorraine
Clarisse MIALET, danseuse au CCN Ballet de Lorraine
Victoria PESCE, danseuse au Ballet de l’Opéra de Metz
Lucas SCHNEIDER, danseur au Ballet de l’Opéra de Metz
Yui UWAHA, danseuse au Malandain Ballet Biarritz
Chelsey VAN BELLE, danseuse au Malandain Ballet Biarritz
Patricia VELAZQUEZ, danseuse au Malandain Ballet Biarritz
Laurine VIEL, danseuse au Malandain Ballet Biarritz
Léo WANNER, danseur au Malandain Ballet Biarritz
[1] https://www.lefigaro.fr/culture/a-l-opera-de-paris-le-ballet-suspend-sa-greve-ce-soir-avec-la-reprise-des-negociations-20241211#
[2] Nous désignons ici par RP, les représentant·es du personnel, qu’ils et elles soient délégué·es du personnel, délégué·es syndicaux, membre d’une commission ou porte parole désigné·es par les membres d’un Ballet.
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