Édition du 1er avril 2025

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Réflexions sur le texte de Paul Piché

Au-delà des inquiétudes, redonner toute sa place à l'indépendance

Dans une lettre transmise au Journal de Québec, Paul Piché s’inquiète pour l’avenir du mouvement souverainiste. Face au fédéral qui nous méprise et qui nous impose ses politiques, les voix de la résistance ont peine à se faire entendre. Alors que nous subissons chaque jour les conséquences de notre soumission au fédéral, alors que le Canada nous impose ses politiques énergétiques, environnementales et culturelles, nous dit-il, personne ne semble réagir à la hauteur du défi.

La véritable résistance vient du peuple

Et, il laisse tomber, ce qui est au fond, la source de son inquiétude : "On ne peut espérer que la population fasse elle-même ses déductions et lance le débat sur la souveraineté dans la rue. C’est aux souverainistes de relancer ce débat en n’ayant pas peur des mots."

Défendre l’indépendance du Québec, défendre notre volonté d’être maîtres chez nous, doit s’articuler, comme le dit Piché autour des préoccupations d’aujourd’hui : mondialisation, environnement, crises internationales, en fait tous ces domaines où le Québec province est impuissant d’agir ou du moins très limité puisque obligé de se soumettre aux volontés canadiennes."

Qui a livré le Québec aux intérêts étrangers ? Qui a soutenu le libre-échange, la libre circulation du capital ? Les grandes entreprises québécoises et étrangères installées au Québec qui défendent le fédéralisme canadien. La majorité de cette oligarchie s’est opposée à toutes les étapes de la lutte pour la souveraineté aux aspirations nationales à l’indépendance.

Qui s’oppose aujourd’hui par ses mobilisations au renforcement de la domination du capital étranger et pose la véritable voie de notre indépendance ? C’est le peuple québécois. Lorsque les compagnies gazières ont voulu nous imposer l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du St-Laurent, qui s’est levé ? Qui a organisé l’opposition ? Qui a défendu de façon la plus résolue le refus de politiques énergétiques centrées sur les hydrocarbures ? Ce sont les citoyens et citoyennes du Québec directement impliqués. C’est de là qu’est venue la résistance. Lorsque les minières ont voulu imposer l’exploitation de l’uranium sur la Côte-Nord, c’est encore la population qui s’est mobilisée. Lorsque Jean Charest veut brader les ressources naturelles aux grandes entreprises étrangères, la résistance est venue de la population concernée, et particulièrement des Premières nations.

La polarisation gauche droite doit trouver sa dimension indépendantiste

Pourquoi sommes-nous passés à une polarisation gauche-droite ? Parce que l’offensive néolibérale remet en question les acquis de la population. Qui a mené cette offensive contre la population du Québec ? Des politiciens aux ordres du capital. Des politiciens conservateurs dont certains se sont hissé à la tête du Parti québécois comme Lucien Bouchard. Quand des politiciens qui se disaient souverainistes ont attaqué les acquis sociaux de la population en éducation et en santé au nom du déficit zéro, c’est la souveraineté qui a été frappée. C’est ainsi qu’une montée souverainiste a été détruite et transformée en son contraire.

Paul Piché croit-il sérieusement qu’on peut relancer le mouvement souverainiste sans lier la volonté indépendantiste du peuple à la défense de ces aspirations sociales ? Croit-il sérieusement qu’on ne doit pas lier les aspirations à l’indépendance aux aspirations démocratiques de la population qui rejette l’oligarchie qui veut se réserver le monopole de la parole politique. Peut-on encore leur demander d’accorder leur confiance à des partis politiques, comme le Parti québécois, qui a contribué à déconstruire leurs acquis dans les services publics, qui a laissé les richesses du Québec être pillées en permettant des coupes à blanc des forêts du Québec et qui a imposé aux compagnies minières des redevances si basses que même Jean Charest peut les relever ? Croit-il qu’on peut encore accorder sa confiance à un parti qui a proclamé que l’indépendance venait avant la démocratie contrairement aux propositions de René Lévesque lui-même : c’est le PQ qui a refusé de réformer le mode de scrutin et d’introduire d’autres réformes qui auraient élargi l’expression démocratique de la population ? Pense-t-il sérieusement que l’aspiration à devenir propriétaire n’a rien à voir avec le type de maison que l’on veut construire ?

En esquivant ces questions, il est malheureusement poussé à une solution du gros bon sens : il faudrait, écrit-il, parler davantage de la souveraineté à l’Assemblée nationale. On devrait, poursuit-il, pouvoir compter sur les jeunes et fougueux députés du Parti québécois rompus à la joute parlementaire. Il serait dommage, conclut-il, que ce talent ne serve pas aussi la raison d’être de leur parti."

Voyons ! Il faut bien l’expliquer ce silence. Il ne faut pas oublier quel est son fondement. Paul Piché, lui-même, plus haut dans son texte, parvient presque à identifier les raisons de ce "silence". ..."Il faut prendre le pouvoir et pour prendre le pouvoir, il vaut mieux de pas parler de souveraineté." Mais, ce qu’il refuse de reconnaître, c’est que ce silence (non sur la souveraineté, mais sur une stratégie sérieuse pour y parvenir) s’enracine chez des personnes dont les aspirations se limitent à assumer une gouvernance provincialiste sous le couvert de la gouvernance souverainiste.

Quand des indépendantistes, même des députés indépendantistes, quittent le Parti québécois, cela ne relève pas de caprices personnels. Dans un tel moment de crise du mouvement souverainiste, on ne peut esquiver les débats stratégiques essentiels. On ne peut écarter une perspective de constituante en se contentant de la qualifier de perspective brumeuse. La crédibilité d’une perspective repose sur la clarification des moyens d’y parvenir. Le seul moyen de surmonter ses inquiétudes, c’est de donner de nouvelles bases à ses convictions.


Paul Piché, Le cri du coeur d’un souverainiste inquiet, Le Journal de Québec, dimanche 27 novembre 2011

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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