C’est à nouveau l’impasse au Journal de Québec. Les pourparlers intensifs des deux dernières semaines n’ont pas permis le dénouement de ce conflit. Rappelons que depuis le 15 janvier, parties patronale et syndicales avaient repris les échanges dans le cadre d’une démarche exploratoire avec l’aide de deux conciliateurs du ministère du Travail. Aux comités de négociation de chaque partie, s’étaient ajoutés la vice-présidente aux ressources humaines de Quebecor, Julie Tremblay, ainsi que le directeur-adjoint du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-FTQ), Michel Bibeault.
Impasse dans les négociations
Les représentants syndicaux n’ont pas voulu élaborer sur le détail des discussions tenues entre les parties depuis le 15 janvier. Ils ont rappelé que les conciliateurs au dossier ont établi comme cadre préalable aux discussions que « les parties et chaque participant s’engage[aient] à ce que les propos, propositions ou hypothèses soumis par l’une ou l’autre [des parties ne soient pas] non plus invoqués en aucun temps ultérieurement dans quelque forum ou plateforme que ce soit ».
Tout en se disant déçu de la tournure des événements, le porte-parole des 252 syndiqués en conflit, Denis Bolduc, a résumé la situation en disant que « des échanges qui se sont terminés hier, aucune solution au conflit n’a pu être trouvée, Quebecor veut toujours le beurre et l’argent du beurre ».
L’arbitrage pour régler le conflit
Denis Bolduc a ensuite indiqué que les dirigeants syndicaux vont proposer à leurs membres de soumettre l’actuel litige à l’arbitrage. « Quand des personnes civilisées n’arrivent pas à s’entendre, elles demandent à un tiers de trancher, a-t-il déclaré. C’est la piste de solution que les trois comités de négociation vont soumettre à leurs membres. »
En vertu du Code du travail, pour qu’un arbitre puisse trancher un tel conflit, les parties syndicale et patronale doivent en faire la recommandation au ministre du Travail. On se rappellera que le 12 décembre, le ministre David Whissell avait déclaré que « dès que les deux parties m’en feront la demande, sur-le-champ je nommerai un arbitre pour régler la convention collective » au Journal de Québec. Reste à voir maintenant si, de son côté, Quebecor fera cette demande.
Michel Bibeault a quant à lui expliqué les difficultés rencontrées en ces termes : « Depuis le début du conflit, Quebecor ne nous a jamais parlé de son plan d’affaires pour justifier ses demandes. Quebecor voudrait qu’on les croie sur parole. Le problème, c’est qu’ils se trompent régulièrement. Ce n’est pas vrai que ces gens-là sont en possession tranquille de la vérité. » Michel Bibeault a poursuivi en rappelant que les employés avaient fait confiance à leur employeur quand est venu le temps d’affronter la nouvelle concurrence du Soleil. « Dans l’année qui a suivi, Quebecor a préparé son lock-out et mis ses travailleurs à la rue. Ce n’était pas loin de la trahison. »
Rappel du conflit
Le conflit de travail au Journal de Québec dure maintenant depuis plus de neuf mois. En effet, les employés de bureau et de la rédaction du Journal de Québec sont sous le coup d’un lock-out décrété par l’employeur le 22 avril. Avant le déclenchement du lock-out, aucun des trois syndicats n’avait demandé de mandat de grève à ses membres ni même exercé de moyens de pression. En solidarité avec leurs collègues jetés sur le trottoir par la décision de Quebecor/Sun Media, les employés de l’imprimerie ont voté la grève à 97%.
Depuis la fondation du Journal de Québec en 1967, aucun conflit de travail n’avait eu lieu. Il y a un peu plus d’un an et demi, tous les employés syndiqués du Journal avaient accepté de reconduire la convention collective pour un an en partenariat avec l’employeur qui faisait face à un concurrent, Le Soleil, qui passait au format tabloïd pour mieux le concurrencer.
Depuis le 24 avril, les employés en conflit publient et distribuent cinq jours semaine le MédiaMatinQuébec, un quotidien gratuit, pour rappeler leur cause à la population de Québec. Quebecor/Corporation Sun Media a entrepris plusieurs recours judiciaires pour empêcher la publication du MédiaMatinQuébec. Toutes ces démarches ont échoué.
Malgré le conflit, le Journal de Québec continue d’être publié. Dans une décision rendue le 23 août 2007, en application de l’article 109 du Code du travail (dispositions anti-scabs), la Commission des relations du travail (CRT) du Québec a ordonné à la direction du Journal de Québec de cesser de recourir aux services de quatre personnes qui remplissaient les fonctions de salariés en conflit.
De nouvelles plaintes concernant l’utilisation de travailleurs illégaux par Quebecor ont été déposées par les syndicats en octobre et novembre. Au total, ces plaintes visent 17 personnes.
Les audiences de la CRT sur ces plaintes ont commencé le 14 janvier. Elles vont se poursuivre le lundi 28 janvier. Le 5 février, le Journal de Québec et le journaliste de Canoë Hubert Lapointe font face à des accusations criminelles pour avoir, l’été dernier, divulgué le nom d’une victime d’agression sexuelle malgré une ordonnance de non-publication. Hubert Lapointe est l’une des 17 personnes visées par les plaintes sur l’emploi de scabs.
Source SCFP, 27 janvier 2008