Non, il ne s’agit pas de confrontations, mais d’un massacre quand des soldats bien protégés dans des positions défensives tirent – souvent avec des fusils à lunette – sur des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui manifestent les mains nues derrière un système de clôture électronique large de plus de cinquante mètres, cette même clôture qui fait de Gaza la plus grande prison de la planète.
En un seul jour, ce funeste 14 mai, soixante manifestants sont assassines par les soldats israéliens (qui n’ont pas eu un seul blesse) : massacre est donc bien le mot, et ceux qui, comme le Figaro, parlent d’« affrontements meurtriers » deviennent par la même complices de ce véritable crime contre l’humanité.
On attendrait du President palestinien Mahmoud Abbas qu’il saisisse la Cour Penale Internationale pour y traduire en justice les dirigeants politiques et militaires israéliens… mais la haine qu’il voue au Hamas qui, ne l’oublions pas, avait largement battu le parti du President aux dernières élections, a déteint sur les deux millions de résidents palestiniens de la Bande de Gaza, comme si, après leur vote, ils n’étaient plus ses concitoyens.
Que de la classe politique israélienne on n’ait pas entendu ne serait-ce qu’un murmure d’indignation n’est pas pour nous surprendre : elle est aujourd’hui totalement a droite, qu’elle soit dans le gouvernement ou dans l’opposition, et même le Meretz qui dans le passe s’était singularisé par ses positions contre la guerre et l’occupation, n’a pas cette fois fait entendre une voix dissidente, confirmant une fois de plus que même pour la gauche, Gaza n’était pas un territoire peuple de deux millions d’êtres humains, mais un sanctuaire de terroristes, une menace existentielle.
Mais ce qui est plus grave c’est le silence assourdissant de l’opinion publique. Hormis des rassemblements de quelques centaines de personnes dans les villes (quelques milliers dans les localités arabes), le massacre n’a provoqué ni la colère ni la honte des bonnes âmes israéliennes. Cette absence marque le tournant à droite que vit la société israélienne dans son ensemble. La guerre du Liban (années quatre-vingt) et le processus d’Oslo (années quatre-vingt-dix) avaient divisé l’opinion israélienne en deux, et une moitié de celle-ci avait su se mobilier et trouver les forces pour mettre fin à la guerre puis pour obliger le gouvernement à reconnaitre l’OLP et mener des négociations de paix avec ses dirigeants. Aujourd’hui, le seul rassemblement de masse à Tel-Aviv a été pour fêter la victoire d’Israël a l’Eurovision.
Israël a retrouvé son unité dans une espèce de mélange nauséabond entre ceux qui applaudissent les exploits de « nos soldats » à Gaza, et ceux qui gardent un silence complice face au massacre ; dans une certaine mesure, ces derniers sont encore pires que les supporters de Netanyahou et de sa politique criminelle.
« Honte a quiconque n’a pas honte de [notre] pays » écrit l’editorialiste du Haaretz , B. Michael (15 mai 2018). Une voix isolée dans le désert moral israélien qui mérite pour cela de conclure cette chronique.
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