Le FRAPRU rappelle que, selon le recensement de 2021, 943 000 ménages locataires canadiens, dont 173 000 du Québec, avaient des besoins impérieux de logement. Or, l’organisme considère que ce problème s’est sérieusement détérioré depuis, le loyer moyen des appartements de deux chambres à coucher ayant augmenté de plus de 32 % au Québec comme à l’échelle du Canada. Il atteint maintenant 1131 $ par mois au Québec. Dans le cas des appartements disponibles à la location, ce loyer était de 2195 $ en février 2025, selon le site Rentals.ca. La pénurie de logements locatifs continue par ailleurs de sévir, surtout dans le secteur des appartements à plus bas loyer. Le problème de l’itinérance atteint une ampleur sans précédent et, au Québec, ce sont les évictions qui en sont maintenant les principales responsables.
Bilan somme toute décevant de la Stratégie fédérale sur le logement
L’organisme de défense du droit au logement se dit généralement déçu des initiatives mises sur pied dans le cadre de la Stratégie nationale sur le logement que le gouvernement Trudeau a présenté comme « un plan de plus de 115 milliards de dollars sur plus de 10 ans ». Tout en saluant les améliorations apportées à certaines de ces initiatives dans le Plan du Canada sur le logement présenté en avril 2024, il considère qu’elles ont été beaucoup timides et sont arrivées trop tardivement.
C’est ainsi que les principales initiatives de la Stratégie ont largement servi à la construction de logements ne répondant même pas au critère d’abordabilité du gouvernement. C’est le cas de 36 % des logements construits jusqu’ici avec le Fonds pour le logement abordable et de 72 % de ceux réalisés avec le Programme de prêts pour la construction d’appartements. Selon Véronique Laflamme, même la petite Initiative des terrains fédéraux, qui aurait pu être réservée à la construction de logements sociaux, a majoritairement servi pour du logement privé à loyer élevé ». Elle applaudit toutefois aux 4 milliards $ en 4 ans réservés pour l’Initiative de construction rapide de logements qui, à la fin de 2024, avait permis la réalisation au Québec de 5127 logements sans but lucratif pour les personnes itinérantes ou à risque de le devenir, pour les personnes aînées à faible revenu et pour les Autochtones. Elle voit aussi d’un bon œil le nouveau Fonds canadien de protection des logements qui pourrait permettre l’acquisition par le secteur non lucratif d’appartements existants et les 2 milliards réservés pour le logement social dans le Fonds pour le logement abordable. Elle craint cependant que ces avancées soient remises en question par les 2 principaux partis risquant de prendre le pouvoir, tout comme le Fonds pour l’accélération de la construction de logements (FACL) qui, bien qu’imparfait a mené à l’annonce du financement de 8000 logements sociaux « et abordables » par Québec en novembre 2023.
Des choix fiscaux contestés
Le FRAPRU se désole de la surenchère de baisses d’impôts et de congés de TPS auxquels le Parti libéral et le Parti conservateur ont choisi de se livrer en début de campagne électorale. Il craint que cela mène à des choix politiques et budgétaires dont les plus vulnérables feront les frais. Il condamne aussi le recul gouvernemental sur le taux d’imposition des gains de capital. « Mark Carney a décidé de s’aligner sur les positions de Pierre Poilievre et d’ainsi priver Ottawa de milliards de dollars qui auraient pu servir à lutter contre la crise du logement, la pauvreté et l’itinérance », s’offusque Véronique Laflamme.
Construire, mais pas n’importe quoi
Le FRAPRU met en garde les différents partis contre la tentation de se contenter de promettre la construction d’appartements sans se soucier de leur loyer. Selon Véronique Laflamme, « il s’en trouvera pour affirmer qu’en augmentant suffisamment l’offre de logements privés, même trop chers, Ottawa contribuera à faire baisser les prix, alors que c’est tout le contraire qui se produit ». C’est la raison pour laquelle le FRAPRU demande de prioriser le financement de logements sociaux sous différentes formes (habitations à loyer modique, coopératives et organismes sans but lucratif d’habitation). Il s’associe donc à des organismes de tout le Canada pour réclamer la construction d’un demi-million de logements sociaux en dix ans, ce qui, au Québec, permettrait de faire à nouveau progresser la part du logement social sur l’ensemble des logements locatifs qui stagne autour de 11 % présentement.
Pour y parvenir, le FRAPRU demande notamment que toutes les sommes prévues dans la Stratégie nationale sur le logement et le Plan du Canada sur le logement soient réaffectés au logement social. Il veut aussi que les terrains excédentaires du gouvernement fédéral soient réservés entièrement pour du logement social.
Le FRAPRU indique que des actions en ce sens seront organisées dans diverses régions du Québec, durant toute la campagne électorale. Ses membres de Québec se sont d’ailleurs fait entendre hier devant un rassemblement auquel prenait part le chef conservateur dans la Capitale.
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